Soeur Marie Osithe

Par Marie-Hélène Bourret,

Pour l’Association historique francophone de Victoria

Sœur Mary Osithe est née à Sorel au Québec en 1867.  Elle commence ses études à Sorel chez les Sœurs de la Congrégation de Notre Dame, puis les continue à Malboro au Massachusetts; elle s’enrôle à l’Académie Ste-Anne, lors de son ouverture.

Maire-Osithe a étudié sous l’œil vigilant de Sœur Marie Hélène de la Croix, qui était à la tête d’un ambitieux programme d’arts à la maison mère de Lachine, près de Montréal.  Osithe a aussi étudié sous des artistes de réputation internationale, comme William Rapheal, un allemand et Edmund Dyonnet, un français, qui ont instruit Osithe à Lachine.

Alors que Sœur Osithe devenait de plus en plus habile et sûre d’elle-même et de son talent, elle fut assignée, en 1897, à l’Académie Ste-Anne de Victoria pour remplacer Sœur Marie Sophie qui en avait développé le programme d’art et enseigné pendant 25 ans.

Osithe est reconnue comme une peintre à l’huile, une aquarelliste ainsi que comme peintre sur porcelaine, calligraphe, photographe et architecte. Sous la guidance de la maison mère, et la tutelle des artistes déjà installées à l’Académie, elle inaugura un programme avant-gardiste pour l’école en 1907; ce programme mettait de l’avant l’étude du dessin d’inspiration classique, par la pratique de la nature morte et le portrait, mais aussi d’autres formes d’expression artistique.

Son programme reçut l’intérêt, non seulement des étudiantes inscrites au programme, mais aussi de la population en général.  Elle recevait des commandes et organisait des expositions annuelles de ses œuvres et de celles de ses étudiantes.  Les profits des ventes de ces toiles allaient directement à l’Académie. 

Et puis, elle prend des cours de menuiserie et deviendra même architecte.  Les connaissances et le talent de Marie Osithe en tant qu’artiste et qu’architecte étaient reconnus et respectés par tous.  Par sa personnalité, elle s’attirait l’amitié de chacun.  De tempérament égal, elle prenait en considération les besoins et les désirs des autres, ignorant les faiblesses et les manquements de son prochain, et elle passait facilement l’éponge.

Dans les années 1920 et 1930, elle eut plus de temps à consacrer à l’architecture, la demande pour les cours de peinture et de dessin ayant fortement diminué.  Une section du Little Flower Academy à Shaughnessy Heights, à Vancouver fut dessinée par Osithe.  En 1932-1933, elle supervisa la construction du Bulkey Valley Districk Hospital à Smithers. 

Une aile de l’hôpital St-Joseph de Victoria et la résidence des infirmières fut dessinée par Osithe; elle supervisa aussi la construction du gymnase et de la cuisine de l’Académie Ste-Anne de la rue Humboldt, en 1922. 

Sœur Marie Osithe trouva un environnement propice au développement de ses talents artistiques et architecturaux au sein de la congrégation religieuse qu’elle avait choisie de joindre.  Sa foi et ses habiletés lui ont permis de trouver sa voie et d’être une pionnière dans l’architecture de Victoria.  Elle est une des francophones dont l’histoire devrait se souvenir.

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Les professeurs d’art de l’Académie Ste-Anne devaient avoir des connaissances dans plusieurs disciplines.  Les cours de musique offraient un choix de plusieurs instruments :  harpe, orgue, piano et violon. Les jeunes femmes pouvaient choisir d’apprendre les techniques de dessin, de peinture à l’huile ou d’aquarelle. 

Mais, il était aussi possible de se familiariser avec des formes d’art aujourd’hui disparues, tel le moulage et la sculpture de la cire; cet art mineur dont la pratique, au Canada français, était dévolue depuis le XVIIIe siècle aux communautés religieuses de femmes, apparut en Colombie Britannique, avec l’arrivée des premières religieuses à Victoria.  Les jeunes femmes apprenaient manipuler la cire, à la teinter et à la sculpter pour imiter la nature :  des paniers de fruits en cire se retrouvaient dans toutes les maisons. Mais on utilisait aussi cette technique de sculpture pour réaliser des œuvres très délicates, aux détails fins :  une création en cire de Marie Osithe est encore aujourd’hui exposée au centre d’interprétation de l’Académie Ste-Anne.

Une autre forme d’art aujourd’hui oubliée, est le ‘’Hair work’’, littéralement le travail des cheveux.  Au 19ième siècle, il était courant de présenter fièrement des couronnes de cheveux dans son salon.  Il pouvait s’agir de bouquets combinant les cheveux de nombreux individus vivants, mélangeant différentes nuances de manière créative.  Mais ces couronnes étaient aussi associées au deuil et étaient alors confectionnées avec cheveux de défunts.  Les couronnes commémoratives incorporaient la plupart du temps une iconographie funèbre.

La technique de fabrication de couronnes impliquait le montage de mèches de cheveux sur des cadres métalliques fins.  Pour créer une feuille ou une fleur, on enroulait les cheveux autour de la forme métallique.  Le produit fini était habituellement placé à l’intérieur d’un cadre à bulles ou d’une boîte d’ombre.

Les cours de travaux d’aiguille, couture, reprisage, tapisserie et broderie, ces deux dernières étant considérées comme des formes d’art, faisaient partie du curriculum régulier.