Deloume, Jean-Baptiste et Famille

Un texte de Marie-Hélène Bourret

Mill Bay :  juste au nord de la baie, se trouve une petite église historique.  Elle est construite sur une parcelle d’un terrain ayant appartenu à un certain Joseph Gabourie, du Québec.  L’église St-Francis Xavier, une église catholique, était à ce moment-là non seulement un lieu de culte pour les francophones de la région, mais aussi un point de rassemblement.  À travers l’histoire des francophones catholiques du Canada, les églises furent les lieux du culte, mais agirentaussi comme des centres communautaires; c’était l’endroit où on célébrait la culture et la langue française.  La paroisse était le point de ralliement.  C’est l’évêque Jean-Nicolas Lemmens qui bénit l’église.

En 1892, un comptable, antiquaire et professeur de musique, du nom de Jean-Baptiste Deloume, quitta Bordeaux en France, pour venir s’établir à Saanich.  Durant cette période, le Canada tentait d’attirer des immigrants pour peupler ce grand pays.  La région de l’Ouest, plus particulièrement l’Île de Vancouver était le choix de plusieurs.

Bien sûr, Jean-Baptiste aurait pu choisir le Québec, où la majorité parlait français. Mais l’Île de Vancouver lui semblait le meilleur choix pour y faire pousser du raisin :  Jean-Baptiste voulait faire du vin!

Pour cet homme épris de culture, presque quinquagénaire à son arrivée en Colombie Britannique, le travail de la terre n’était pas facile.  Bien que les bras ne manquassent pas pour défricher et ensemencer la ferme, le travail d’agriculteur et de vigneron n’était pas facile.  Le sol de Saanich, où la famille s’était installée, ne favorisait pas la pousse du raisin.

Avec lui, étaient venus son épouseet 5 enfants.  Le plus vieux, Henri Lucien, avait 14 ans lors de l’exil, et la plus jeune, Marie-Thérèse, 4 ans.  Deux enfants naquirent sur l’Île, Marie et Anthony.  Grand-mère Deloume les avait suivis.

La matriarche décéda quelques années plus tard, et fut enterrée au cimetière Ross Bay à Victoria.  Mais les tempêtes fréquentes endommageaient le cimetière et Jean-Baptiste décida de rapatrier les restes de sa mère au cimetière de l’Église St-François Xavier (St. Francis Xavier, en anglais) dans les années subséquentes.

Pourquoi Mill Bay?  Parce qu’en 1901, les Deloumes y déménagèrent leurs pénates; la région était très sauvage à l’époque.  Mais les enfants, de jeunes hommes solides et devenus de véritables pionniers, charpentiers et broussards eurent tôt fait de défricher la terre et de construire une maison.  Ils tracèrent même la Deloume Road.

Lorsqu’ils furent enfin installés, ils se rendirent compte que la seule église catholique de la région, St.Francis avait été longtemps négligée et était maintenant abandonnée.  Il manquait et de prêtres et de paroissiens.  Après de longues et difficiles démarches, ils parvinrent à obtenir qu’un prêtre vinssent célébrer la messe une fois par semaine.  Cette nouvelle rassénéra la petite paroisse et les Deloume, en compagnie d’autres paroissiens, réparèrent la petite église.

Jean-Baptiste, réussit à planter son vignoble et à produire du bon vin.  Sur leur ferme ‘’Hope Farm’’ de nombreuses espèces de fruits et de légumes florissaient.  Malgré tout, Jean Baptiste continuait à donner des leçons de musique.  Cette famille de mélomanes se produisait souvent pour le plaisir et Jean Baptiste composa même une pièce :  The Mill Bay Marche, en 1911.

Les fils furent employés dans différents métiers.  Ainsi Henri Lucien, travailla comme chef de quart dans plusieurs moulins de la région.  Il grava aussi plusieurs pierres tombales.

Un autre fils, Edouard, devint charpentier.

Les Deloume ont marqué l’histoire des francophones, non pas comme des héros ou des politiciens l’ont fait, mais plutôt en tant des défricheurs, des pionniers.  C’est à la sueur de leurs fronts, et de celle d’autres francophones, que la Vallée du Cowichan s’est développée.