Les francophones :  vraiment depuis le tout début? Bin oui!

Par Marie-Hélène Bourret,

pour l’Association Historique Francophone de Victoria.

Je me suis gratté les méninges pour trouver le sujet de cette chronique historique… À chaque nom ou évènement qui me revenait en mémoire, je me disais :  Gisèle en a sans doute parlé dans un de ses innombrables articles!

Impossible pour moi de me souvenir de qui elle a parlé au long de sa collaboration au Réverbère… Alors, j’ai pensé :  et si je mettais en scène les francophones dépeints lors de l’émission Mon histoire francophone en Colombie-Britannique, sur les ondes de CILS FM ?

Ok… pas une mauvaise idée… la recherche est faite… juste quelques ajustements à faire ici et là pour passer du mode auditif au mode visuel…

Alors, on y va.  La Colombie-Britannique, on le sait, doit son développement à la Compagnie de la Baie d’Hudson.  Mais qui a fondé cette compagnie dont l’objet principal était la traite des fourrures? Je vous le donne en mille :  deux francophones!  Eh oui!

Médard Chouart Des Groseillers est né en France en 1618 et est mort à Trois-Rivières en 1696.  Il avait presque 80 ans. Ce qui, à l’époque était un âge plus que vénérable.  Si on considère, que pendant plusieurs années, il a été un explorateur et un coureur des bois, c’est encore plus exceptionnel.

Comment est-il devenu explorateur?  À son arrivée en Nouvelle-France, en 1634, à l’âge de 16 ans, il a été reçu comme ‘’donné’’ par les missionnaires jésuites de Ste-Marie-au-pays-des-Hurons.  La mission du ‘’donné’’ consistait à se consacrer à Dieu, en offrant sa vie et son service au travail missionnaire parmi les Hurons.  En contrepartie, il bénéficiait du support et de la fraternité des autres membres de la congrégation jésuite.

Son beau-frère, Pierre-Esprit Radisson est un personnage digne d’un roman d’aventures.  Né en France autour de 1636, (on ne connait pas l’année avec certitude, car les registres des naissances ont brûlé dans le grand incendie de Paris de 1871) il vient en Nouvelle France à l’âge de 10 ans.  Cinq ans plus tard, il est capturé lors d’un raid iroquois et amené dans un village là où est maintenant la ville de New York.  Il fut adopté par ses ravisseurs, apprit leur langue et leurs coutumes durant les deux années de son séjour forcé chez eux.  Il se sauve, mais est de nouveau capturé et torturé.  Il s’évade à nouveau et rejoint Fort Orange, où il devient interprète pour les Hollandais.  À l’âge de 18 ans, il vogue vers Amsterdam.  Il revient quelques mois plus tard vers les Trois-Rivières.

En 1657, il se joint à un groupe de missionnaires, dont le père Paul Raguenau, qui se rend en terre iroquoise, toujours dans la région du New York actuel.

Là, grâce à sa connaissance de la langue et de la culture des Iroquois, et à l’aide d’un stratagème ingénieux, il permet à son groupe de s’échapper du piège qui leur était tendu par les Iroquois.

Après un voyage aux Lacs Supérieur et Michigan, les deux hommes, rappelons-le, des beaux-frères, arrivent à Québec avec une centaine de canots chargés de ‘’peltries’’.  Ils rencontrent le gouverneur Voyer d’Argenson, qui est mécontent que les deux hommes n’aient pas demandé de permis avant de partir en expédition.

Pour les punir, il saisit tout leur ‘’butin’’ de fourrures, leur fait payer une lourde amende, et après que Radisson aie fait du temps en prison, les deux hommes se rendirent en France, pour deux raisons :  la première, pour tenter de plaider auprès du Roi de France, Louis XIV, afin de retrouver le fruit de leur travail, ou du moins son équivalent en argent, et deuxièmement pour tenter de convaincre le roi de s’engager dans un nouveau projet :  la découverte et l’exploitation de la Baie d’Hudson.  À ce moment, la Nouvelle France ne parvenait pas à être autonome, et cette aventure drainait les ressources de la France.

Les deux hommes furent déçus:  Le roi donna raison au gouverneur de la Nouvelle France de l’époque, Pierre de Voyer d’Argenson dans sa décision de saisir leur ‘’butin’’ parce qu’ils ne détenaient pas les permis nécessaires, et leur refusa tout remboursement.  De plus, la Baie d’Hudson ne l’intéressait pas. La Nouvelle France occupait déjà un gigantesque territoire, et le roi Soleil ne pensait pas que le jeu en valait la chandelle.

Les deux beaux-frères, vexés par l’échec de leur démarche, changèrent d’allégeance.  Ils se tournèrent vers les anglais.  De retour en Amérique, ils se rendirent à Boston, où ils rencontrèrent un officier britannique, Charles Cartwright, qui les décida à se rendre en Angleterre pour tenter d’obtenir une audience auprès du roi Charles II pour lui exposer leur projet. Sir George Carteret intercéda pour eux auprès du roi, et les Anglais accueillirent avec enthousiasme les projets d’expédition à la Baie d’Hudson des deux français.

Après quelques mésaventures et plusieurs tentatives, Des Groseillers atteint finalement son but; une Ligue des Amis est fondée, et achète les terres aux autochtones avec qui elle fait du commerce, aux alentours de la Baie d’Hudson.

L’année suivante, Des Groseillers revient en Angleterre avec une récolte impressionnante de peaux de castor, fort en vogue à l’époque; le prince Rupert et ses associés se laissent facilement convaincre d’investir davantage. Cette ‘’ligue’’ obtient une charte royale le 2 mai 1670.  La Compagnie de la Baie d’Hudson est fondée.

Après la chute de la Nouvelle-France en 1763, la Compagnie de la Baie d’Hudson a étendu son réseau de postes de traite vers le Nord et vers l’Ouest.

Jusqu’en 1775, les espagnols et les anglais se partageaient les Amériques.  L’Angleterre régnait sur 13 colonies sur le territoire actuel des États-Unis et du Canada.

La Compagnie de la Baie d’Hudson établit toute une série de forts, de postes de traite dans les colonies.  Au début des années 1800, la CBH est entrée en compétition avec la Compagnie du Nord-Ouest de Montréal, et les deux finirent par fusionner, après un sanglant conflit pour le contrôle des fourrures.

La grande majorité des coureurs des bois, des engagés, des voyageurs, étaient des francophones. Ils ont travaillé dans tous les postes de traite, exploré le territoire, établi des contacts commerciaux, et personnels, avec les premières nations.

Oui, la Colombie Britannique doit beaucoup à ces deux hommes… hum… francophones!!!

Pour plus d’info sur l’histoire francophone en Colombie-Britannique, visitez le site de CILS FM et continuez à lire mes chroniques dans le Réverbère.