Victor-Brodeur

 

… bruits de fond :  radio… deux étudiants discutent…

 

Dramatique 1

 

Étudiant 1 :  Tellement content d’avoir remis mon travail à la prof d’histoire!  Ça me stressait cette affaire-là!

Étudiant 2 :  Qu’est-ce qui te stressait?  Le chrono-tupos?

Étudiant 1 :  Avoue que c’est pas évident!  Mais ça, ça a bien été.  C’était le fait de devoir écrire ce que j’avais vu et entendu…

Étudiant 2 :  Ça doit être encore plus facile, il me semble… t’as juste à transcrire!

Étudiant 1 :  Ça paraît que t’as pas encore fait ton devoir… As-tu réservé ta place?

Étudiant 2 :  Oui, bien sûr!  J’ai fait ma recherche préliminaire.  J’ai même commencé à écrire la partie narration.

Étudiant 1 :  Et qui as-tu choisi, comme personnage?

Étudiant 2 :  Au début, je voulais parler de la première école francophone sur l’Ile de Victoria, à l’ère moderne

Étudiant 1 :  L’ère moderne?  Qu’est-ce que tu veux dire?

Étudiant 2 :  Les toutes premières écoles, dans les années 1800, étaient francophones.  Puis, elles se sont faites, comment dire, assimiler.  Mais dans la deuxième moitié du 20ième siècle, il y a eu des gens qui se sont regroupés pour bâtir une école en français pour leurs enfants.

Étudiant 1 :  T’as dit que ‘’AU DÉBUT’’ tu voulais en faire ton sujet… t’as changé d’idée?

Étudiant 2 :  Non, pas vraiment. Mais en faisant mes recherches, j’ai trouvé des informations super intéressantes sur l’homme de qui on a donné le nom à cette école :  Victor-Brodeur.

Étudiant 1 :  Tu vas parler des deux?  De l’école et de… comment tu l’as appelé?

Étudiant 2 :  L’amiral Victor-Gabriel Brodeur.

Étudiant 1 :  Il était dans la marine?

Étudiant 2 :  J’ai mes notes avec moi… tu veux les lire?

Étudiant 1 :  Bien sûr, pourquoi pas?

Étudiant 2 :  Voyons… où j’ai mis mon sac, donc?

 

… bruit de recherche du sac… musique de fond en fondu…

 

 

Narration 1 :

 

Au centenaire de la Marine Canadienne, en 2010, celle-ci n’avait promu au rang de contre-amiral que 200 de ses membres.  Et parmi ces hauts-gradés, seulement 6 étaient des francophones du Québec : un très petit contingent dont Victor Brodeur fut le premier.

 

Comme la majorité des institutions fédérales du 20ième siècle, la Marine Canadienne reflétait visiblement la majorité canadienne anglaise.  À part Roméo Oscar Cossette, promu contre-amiral en 1945, soit 3 ans après Victor-Brodeur, il faudra attendre 2003 pour qu’un autre joigne les rangs, le contre-amiral Forcier.

 

Victor Brodeur fut l’un des membres du premier ‘’groupe de six’’ cadets officiers à être accepté à la Canadian Navy et assigné en 1909 au CGS Canada.

La carrière de Victor Brodeur se fit parallèlement au développement de la toute jeune Marine canadienne. Faute de navires, les recrues tout comme les officiers s’entraînaient avec les membres de la Royal Navy. Brodeur sillonnera donc les mers des Caraïbes, tout comme il se retrouvera dans la mer Baltique à la fin de la Première Guerre mondiale.

 

Il a servi comme lieutenant durant la première guerre mondiale et comme capitaine durant la seconde.  C’est durant la deuxième qu’il sera promu au grade de commodore et qu’il aidera à développer le plan de défense du Détroit Juan de Fuca.

 

En 1940, la carrière du Commodore Brodeur s’enrichit d’une nouvelle expérience :  il sera nommé attaché naval à l’ambassade du Canada à Washington.  Deux ans plus tard, il obtient une nouvelle promotion :  il est maintenant contre-amiral, et c’est à ce titre qu’il travaille à l’élaboration du plan de défense de l’Atlantique Nord.

 

En 1943, il est décoré de l’Ordre de l’Empire Britannique. Quelques mois plus tard, il revient sur l’Ile de Vancouver, où il occupe le poste de commandant de la côte du Pacifique.

 

À la fin de la guerre, il est nommé compagnon de l’Ordre du Bain, et reçoit des mains du président Harry Truman la décoration de L’Ordre du Mérite.

 

Quand il prend sa retraite en 1946, il comptait trente-six années de service dans la Marine Canadienne.

 

…. Intermède 30 secondes… radio CILS FM en sourdine dans la chambre du jeune…

 

 

Dramatique 2 :

 

Étudiant 1 :  Pas pire… mais c’est tout ce que t’as?

Étudiant 2 :  C’est sûr que c’est pas assez!  J’ai lu plusieurs textes sur la fondation de l’École Brodeur.  Savais-tu que la toute première école avait été fondée dans la maison qu’occupaient Victor Brodeur et son épouse?

Étudiant 1 :  Euuuhh… non! C’est quoi, ‘’L’Ordre du Bain’’?

Étudiant 2 :  Attends, j’ai ça dans un fichier… Je l’ai copié directement en ligne…. Penses-tu que ce soit important de l’inclure dans mon texte?

Étudiant 1 :  Je sais pas… laisse-moi lire…

                       Lit à haute voix

Le très honorable ordre du Bain (en anglais, the Most Honourable Order of the Bath) est le troisième ordre le plus important du système chevaleresque britannique. Il est principalement décerné aux militaires ainsi qu’à certains fonctionnaires de haut rang. L’ordre a été fondé par le roi George Ier de Grande-Bretagne, le 18 mai 17253.

Étudiant 1 :  Hein?  C’était comme un chevalier?

Étudiant 2 :  OUI!!!  Il a été super-important!

Étudiant 1 :  Je pense que tu devrais l’insérer quelque part… c’est hot!

…. Le téléphone de l’étudiant 2 sonne… il répond… ‘’allo’’…. ‘’OK… je m’en viens’’…

 

Étudiant 2 :  Mon père vient me chercher… il m’attend en-bas.  On s’appelle?

Étudiant 1 :  Ok. À demain.

 

… le son de la radio se fait plus fort… chanson Soldat Lebrun…

 

Narration 2 :

Lorsque le couple Anita et Capitaine Jean-Guy Comeau arrivent à Victoria en juillet 1973, avec leurs enfants, ils croient que ceux-ci  pourront continuer leurs études en français, études débutées en Ontario et en Nouvelle-Écosse.

 

Malheureusement, bien qu’un très grand nombre des familles dont un des parents fait partie de la Marine Canadienne soit francophone, il n’est pas possible d’étudier en français sur la base, ou même sur le sud de l’Ile de Vancouver!

 

C’est pourquoi le couple prend contact avec d’autres francophones, vivant les mêmes problèmes, forment un comité et rencontrent deux de leurs supérieurs, francophones eux aussi, pour obtenir leur appui.

 

Mais leurs démarches dans le civil, auprès des commissions scolaires de la grande région de Victoria, sont infructueuses.

 

 

Dramatique 3 :

…. Femme marchant à talons hauts… cogne à la porte… ouvre la porte

 

Secrétaire :  en anglais  Captain Jean-Guy Comeau is here to see you Sir.

Patron: en Anglais  Let him in!

Comeau:  en Anglais Good morning Sir!  Thank you for receiving me on so short notice!

Patron:  avec un fort accent anglais Il y a pas de problème.  J’ai toujours le temps pour les soldats défendant notre pays!

Comeau :  Voici deux lettres de recommandations écrites par les Lieutenants Commandants Bernard Derible et Gilles Patenaude.

Patron :  … yes… je vois… vous permettez que je lise…

… moment de silence ou on l’entend marmonner et tourner la page…

Patron :  Je ne comprends pas bien… que voulez-vous de moi?

Comeau :  Comme vous le savez, nous sommes plusieurs Canadiens Français, membres des Forces Armées Canadiennes,  à venir nous établir à Esquimalt avec nos familles.

Patron :  yes… je sais.

Comeau :  Nos enfants, qui parlent le français ont, selon nos assignations, étudié au Québec, à Halifax ou même à Ottawa dans leur langue maternelle.

Patron :  hu hum…

Comeau :  Nous avons créé un comité dans le but de tenter d’ouvrir une école, à Esquimalt, à proximité de la base navale, ou même, dans la ville de Victoria, où nos enfants pourront recevoir un enseignement de qualité, en français.

Patron :  … I see… and you come to the school board for….????

Comeau:  It would be easier for us to have our school be part of a School Board.  You know:  a classroom or two in an existing school, teachers, administrative staff…

bruit de chaise comme le patron se lève… son ton est sec…

Patron :  Je suis désolé, ma chère.  Ce sera pas possible.

Comeau :  J’ai amené un plan de développement, avec nos besoins.  Est-ce que je pourrais le déposer auprès de votre comité?

Patron :  No.  I am sorry.  It is impossible.  Thank you for coming.

Comeau:  contenant sa colère  Bon.  Je vois.  Au revoir.

 

… il ferme la porte.  On l’entend marcher dans un corridor… bruits de rue.. porte d’auto ouvre et ferme…

 

Comeau :  Tu avais raison Anita.  Il ne m’a même pas laissé déposer mon document.

Anita :  Après les refus des trois autres commissions scolaires, fallait s’y attendre.

Comeau :  On pourra dire qu’on aura tout essayé… j’aurais pourtant bien voulu que nos enfants étudient en français.

Anita :  Oh! Mais c’est pas fini!  On va appeler les autres parents, membres du comité, et on va voir si on peut pas trouver une autre façon de faire.

Comeau :  Tu penses qu’on peut encore faire quelque chose? On est déjà presqu’à la fin de l’été!

Anita :  On a encore le temps… on n’a pas dit notre dernier mot.  Et en plus, avec l’appui des deux Lieutenants Commandants, on n’est pas tous seuls… je sens qu’on va l’avoir, notre école… et cet automne en plus!

Comeau :  OK.  Je te fais confiance.  Tu t’occupes d’appeler les autres parents? Moi, je retourne à la base pour rencontrer mes supérieurs.

Anita :  Tu peux compter sur moi.  On va allumer la radio : ça va nous remonter le moral.

 

… Comeau tourne la clé et le moteur se met en marche… les bruits de rue s’estompent doucement alors que la radio joue un succès francophone de 1973…

 

Narration 3 :

 

Malgré ces refus, le Capitaine Comeau et son équipe de parents, appuyés par leurs supérieurs Patenaude et Derible, ne baissent pas les bras. En août de la même année, plusieurs démarches sont entreprises auprès de différents paliers des gouvernements provincial et fédéral, mais sans succès.

 

Finalement, le 10 septembre, le Ministère de la Défense nationale permet la création d’une école francophone sur la base.

 

Une semaine plus tard, le 17 septembre 1973, l’école ouvre ses portes.  Les premiers élèves sont au nombre de trente-trois.  Madame Andrée Johansson, directrice d’école, reçoit le mandat de tout organiser, d’employer des professeurs et de trouver des locaux.  Mais où loger ces classes de la maternelle jusqu’à la 6ième année?

 

La réponse ne se fait pas attendre :  l’ancienne résidence officielle de l’Amiral Victor-Brodeur fera l’affaire.

 

Avec le temps, il y a de plus en plus d’inscription, et en 1984, les premiers locaux ne suffisent plus.  En 1984, le Ministère de la défense nationale loue l’ancienne école Harbor View, au 637 rue Head.  Jusque-là, seuls les enfants de militaires peuvaient fréquenter ces cours.

 

Une grande victoire attend le comité des parents partisans du programme-cadre de français :  en avril 1985, le Greater Victoria School Board autorise enfin l’établissement d’une école régionale française à Victoria.  Tous les enfants de parents francophones, qu’ils soient militaires ou non, pourront fréquenter la nouvelle institution.

 

…. Sonnerie de fin de classe… étudiants qui parlent… chaises…

… 30 secondes musique….

 

Dramatique 4 :

…. Sonnerie de téléphone…. Conversation entre les 2 étudiants….

Étudiant 2 :  Allo!

Étudiant 1 :  Aie Salut!  Je pensais te voir chez Pierre hier après-midi.  T’étais passé où?

Étudiant 2 :  Ma mère a une amie guide bénévole sur la Base Navale d’Esquimalt.  J’étais jamais allé.  J’ai demandé si je pouvais visiter l’ancienne école.

Étudiant 1 :  Elle existe encore?

Étudiant 2 :  Oui.  La visite a été très intéressante.  Ça a confirmé toutes mes recherches, et je suis maintenant prêt à remettre mon travail.

Étudiant 1 :  Est-ce que tout le monde peut visiter?

Étudiant 2 :  Oui.  Il suffit de faire une réservation.  Il y a même des classes  d’étudiants qui visitent.  La dame était très renseignée.  Elle a parlé des premières nations qui habitaient le territoire, des milliers d’années avant contact :  Les Esquimalt, de la grande famille des Coast Salish People.  Les ‘’nouveaux arrivants’’ ont commencé à coloniser et à exploiter la région à la fin des années 1700.  Et sur le site de notre école Victor-Brodeur, il y avait une chênaie de Gary, auparavant. Je te dis, c’était pas mal intéressant.

Étudiant 1 :  Je pense que la prof d’histoire sera surprise que tu aies eu l’initiative de participer à une visite guidée pour aller chercher plus d’information.

Étudiant 2 :  En tous cas… j’ai vu de mes yeux vu!

 

…. Intermède 30 secondes….

 

Narration 4 :

En 2017, l’École Victor-Brodeur a besoin de plus d’espace :  en-effet le nombre d’inscription augmente un peu plus chaque année et, bien qu’il y ait déjà deux édifices sur la rue Head qui sont réquisitionnés pour les besoins de l’École, cela ne suffit plus.  On ouvre donc une nouvelle aile, à Oak Bay.

 

Mais existe-t-il des possibilités de continuer ses études, en français, après le secondaire? Oui.  En 1975, Éducacentre voit le jour et reçoit le statut d’organisation à but non lucratif en 1992.  Éducacentre propose à partir de 2004 des programmes au niveau collégial et devient “le Collège Éducacentre”.

En 2015 le Collège Éducacentre devient accrédité, grâce à la désignation de la Private Training Institutions Branch (PTIB) ainsi que la Education Quality Assurance (EQA).

C’est le seul collège francophone en Colombie-Britannique. Le mandat du Collège est de répondre aux besoins de formation des francophones de la Colombie-Britannique et de promouvoir la formation en français par le biais d’un éventail de services et de programmes adaptés à la réalité du milieu et des besoins de chaque étudiant.

Éducacentre est reconnu comme un leader de l’éducation dans la langue de la minorité et de l’éducation à distance.