Sœur Marie Osithe

 

… chœur grégorien féminin… 45 sec. En fermeture…

… bruit rabot sur bois… marteau… scie… jeunes femmes discutant en sourdine tout en travaillant… quelqu’un cogne à la porte de l’atelier….

 

Dramatique 1 :

 

Novice :Mère Joseph du Sacré-Cœur… Excusez-moi de vous déranger… Sœur Marie Osithe, du couvent des Sœurs de Ste-Anne est ici pour vous voir.

JSC :  Faites-la entrer…

Osithe :  Bonjour, Mère.  Merci de me recevoir.

JSC :  Que Dieu vous bénisse!  Mais vous êtes toute trempée!  Venez tout près du feu!

Osithe :  Oui, il pleut averse… merci… Je ne resterai pas longtemps…

JSC :  Non, non… vous resterez le temps d’un thé bien chaud, au moins.  Asseyez-vous… St-Narcisse!  St-Narcisse!  Déposez votre marteau et allez nous chercher du thé à la cuisine… La venue de Marie Osithe nous permettra de prendre une pause bien méritée…

St-Narcisse :  Bien ma mère… je reviens tout de suite…

 

… les bruits de construction diminuent… pour s’arrêter complètement…

 

JSC :  Alors, dites-moi… qu’est-ce qui vous amène chez nous?

Osithe :  J’ai ici une lettre de notre directrice qui m’annonce.  La voici.

… remet le pli à JSC, qui marmonne en lisant…

 

JSC :  … Marie Osithe… professeur d’art… tiens, vous être professeur d’art?… vient d’arriver… cours de dessin en bâtiment… je vois, je vois… Parlez-moi un peu de vous… Dites-moi, Marie Osithe, avez-vous fait des études en art, ou en dessin, tout du moins?

 

… j’ai vu le menuisier :  Abouomar Maghribi  1min37sec…

https://www.youtube.com/watch?v=f-om7xieqno

 

Narration 1 :

Sœur Mary Osithe est née à Sorel au Québec en 1867.  Elle commence ses études à Sorel chez les Sœurs de la Congrégation de Notre Dame, puis les continue à Malboro au Massachusetts; elle s’enrôle à l’Académie Ste-Anne,  lors de son ouverture.

Maire-Osithe a étudié sous l’œil vigilant de Sœur Marie Hélène de la Croix, qui était à la tête d’un ambitieux programme d’arts à la maison mère de Lachine, près de Montréal.  Osithe a aussi étudié sous des artistes de réputation internationale, comme William Rapheal, un allemand et Edmund Dyonnet, un français, qui ont instruit Osithe à Lachine.

 

Alors que Sœur Osithe devenait de plus en plus habile et sûre d’elle-même et de son talent, elle fut assignée, en 1897, à l’Académie Ste-Anne de Victoria pour remplacer Sœur Marie Sophie qui en avait développé le programme d’art et enseigné pendant 25 ans.

 

Osithe est reconnue comme une peintre à l’huile, une aquarelliste ainsi que comme peintre sur porcelaine, calligraphe, photographe et architecte. Sous la guidance de la maison mère, et la tutelle des artistes déjà installées à l’Académie, elle inaugura un programme avant-gardiste pour l’école en 1907; ce programme mettait de l’avant l’étude du dessin d’inspiration classique, par la pratique de la nature morte et le portrait, mais aussi d’autres formes d’expression artistique.

 

Son programme reçut l’intérêt, non seulement des étudiantes inscrites au programme, mais aussi de la population en général.  Elle recevait des commandes et organisait des expositions annuelles de ses œuvres et de celles de ses étudiantes.  Les profits des ventes de ces toiles allaient directement à l’Académie.

 

… intermède musical 30 secondes… bruits d’atelier ont repris en sourdine…

Les 2 femmes boivent du thé….

 

Dramatique 2 :

 

JSC :  Je vois que vous avez certaines connaissances…

Osithe :  Suffisamment pour me rendre compte que j’en ai encore beaucoup à apprendre!… Alors, Mère, m’accepteriez-vous parmi vos élèves?

JSC :  Avec grand plaisir… mais je dois vous dire, qu’ici, nous travaillons fort… cet apprentissage demande une grande résistance physique… êtes-vous assez forte pour manier la scie et le rabot?

Osithe :  Je crois bien que oui… je ne rechigne pas à l’ouvrage…

JSC :  Alors, voyez avec votre supérieure les jours et les heures où elle peut se passer de vous, et revenez me voir.  Je suis sûre que nous saurons nous entendre!

Osithe :  Oh merci, merci Mère!  Vous me faites un grand honneur de m’accepter comme votre pupille!

JSC :  Cela me fait plaisir ma fille… On se revoit donc bientôt!

 

… reprise des bruits d’atelier…

… Regard impressionniste :  Yves Duteil 3min

https://www.youtube.com/watch?v=zI5ih9jlaLI

 

Narration 2 : 

 

Les connaissances et le talent de Marie Osithe en tant qu’artiste et qu’architecte étaient reconnus et respectés par tous.  De par sa personnalité, elle s’attirait l’amitié de chacun.  De tempérament égal, elle prenait en considération les besoins et les désirs des autres, ignorant les faiblesses et les manquements de son prochain, et elle passait facilement l’éponge.

 

Dans les années 1920 et 1930, elle eut plus de temps à consacrer à l’architecture, la demande pour les cours de peinture et de dessin ayant fortement diminué.  Une section du Little Flower Academy à Shaughnessy Heights, à Vancouver fut dessiné par Osithe.  En 1932-1933, elle supervisa la construction du Bulkey Valley Districk Hospital à Smithers.

 

Une aile de l’hôpital St-Joseph de Victoria et la résidence des infirmières fut dessinée par Osithe; elle supervisa aussi la construction du gymnase et de la cuisine de l’Académie Ste-Anne de la rue Humboldt, en 1922.

 

Sœur Marie Osithe trouva un environnement propice au développement de ses talents artistiques et architecturaux au sein de la congrégation religieuse qu’elle avait choisie de joindre.  Sa foi et ses habiletés lui ont permis de trouver sa voie et d’être une pionnière dans l’architecture de Victoria.  Elle est une des francophones dont l’histoire devrait se souvenir.

 

…. Intermède musical 30 secondes…

 

Narration 3 :

Les professeurs d’art de l’Académie Ste-Anne devaient avoir des connaissances dans plusieurs disciplines.  Les cours de musique offraient un choix de plusieurs instruments :  harpe, orgue, piano et violon. Les jeunes femmes pouvaient choisir d’apprendre les technique de dessin, de peinture à l’huile ou d’aquarelle.

 

Mais, il était aussi possible de se familiariser avec des formes d’art aujourd’hui disparues, tel le moulage et la sculpture de la cire; cet art mineur dont la pratique, au Canada français, était dévolue depuis le XVIIIe siècle aux communautés religieuses de femmes, apparut en Colombie Britannique, avec l’arrivée des premières religieuses à Victoria.  Les jeunes femmes apprenaient manipuler la cire, à la teinter et à la sculpter pour imiter la nature :  des paniers de fruits en cire se retrouvaient dans toutes les maisons. Mais on utilisait aussi cette technique de sculpture pour réaliser des œuvres très délicates, aux détails fins :  une création en cire de Marie Osithe est encore aujourd’hui exposée au centre d’interprétation de l’Académie Ste-Anne.

 

Une autre forme d’art aujourd’hui oubliée, est le ‘’Hair work’’, littéralement le travail des cheveux.  Au 19ième siècle, il était courant de présenter fièrement des couronnes de cheveux dans son salon.  Il pouvait s’agir de bouquets combinant les cheveux de nombreux individus vivants, mélangeant différentes nuances de manière créative.  Mais ces couronnes étaient aussi associées au deuil et étaient alors confectionnées avec cheveux de défunts.  Les couronnes commémoratives incorporaient la plupart du temps une iconographie funèbre.

 

La technique de fabrication de couronnes impliquait le montage de mèches de cheveux sur des cadres métalliques fins.  Pour créer une feuille ou une fleur, on enroulait les cheveux autour de la forme métallique.  Le produit fini était habituellement placé à l’intérieur d’un cadre à bulles ou d’une boîte d’ombre.

 

Les cours de travaux d’aiguille, couture, reprisage, tapisserie et broderie, ces deux dernières étant considérées comme des formes d’art,  faisaient partie du curriculum régulier.

 

…. Renée Lebas :  Tire ton aiguille … 3 minutes

https://www.youtube.com/watch?v=9K682wDOdhc

 

Dramatique 3 : 

… porte qui ouvre… clochette de magasin…porte qui ferme…une cliente sort et une autre entre…

Cliente qui sort :  And thank you so much!  You did a very fine work mending my dress.

Employée :  We are always honoured to work for you, Madam.  Thank you for your patronage… and have a wonderful day!

Madame la juge :  parle français avec un accent anglais  Bonjour Madame.

Employée :  Bonjour Madame.  Quel beau soleil aujourd’hui!

Madame la juge :  En-effet! L’hiver a été long et froid cette année.  Le printemps est le bienvenu.

Employée :  Comment puis-je vous aider aujourd’hui?

Madame la juge:  Est-il possible de rencontrer Madame Borde?

Employée :  Bien sûr!  Elle est dans l’arrière-boutique… je vais la chercher…

… bruits de pas… porte qui ouvre… en sourdine :

Employée :  Madame la Juge O’Reilly demande à vous voir, Madame!

Borde :  J’arrive… donnez-moi un petit moment…

 

… bruits de pas… retour au comptoir

Employée :  Si vous voulez bien vous asseoir, Madame O’Reilly.  Ma patronne sera à vous dans un instant.

… une autre cliente entre… cloche… porte…

Employée :  Miss MacKenzie!  What a pleasure to see you today!

… bruits de pas depuis arrière-boutique…la patronne…

En sourdine :

Nouvelle cliente :  Good Morning to you, Marie!

Borde :  Madame la Juge!  Excusez-moi de vous avoir fait attendre!

Madame la juge :  Bonjour Madame Borde!  Je peux constater que votre business fonctionne très bien!

Borde :  On ne peut pas se plaindre… on travaille beaucoup… je suis heureuse d’avoir la confiance de la bonne société de Victoria.

Madame la juge :  Vous faites un travail si fin, si détaillé… votre magasin est le seul sur l’Ile à faire un travail de si grande qualité

Borde :  Vous êtes trop bonne, ma bonne dame!… Que puis-je pour vous aujourd’hui?

Madame la juge :  Vous faites toujours des travaux de broderie?

Borde :  Oui, bien sûr!  Nous avons d’ailleurs reçu plusieurs commandes dans le dernier mois.

Madame la juge :  Est-ce que vous prenez encore des commandes?

Borde :  Mais oui, mais oui.  Mais suivez-moi dans l’arrière-boutique, nous allons prendre un thé et discuter.

… les deux femmes marchent vers l’arrière-boutique… porte se ferme…

 

Narration 4 :

 

Antoinette Borde est née dans une famille de tisseurs de soie, à Lyons en France.  Lorsqu’elle et son mari Jean ont quitté la France pour la Californie en 1854, elle était déjà une experte en couture, et travail à l’aiguille et en fabrication de dentelle.

 

En 1858, après quelques années en Californie, madame Borde et sa famille ont été attirés à Victoria par l’illusion de la ruée vers l’or.  En 1861 Jean mourut soudainement, laissant Antoinette seule avec 5 enfants.  Étant une femme pleine de ressources, avec un sens prononcé pour les affaires, elle ouvrit un service de buanderie fine ou ‘’française’’, servant les citoyens de la classe la plus riche.  ‘’Madame Borde’s French Laundry’’ fut en opération pour plus de quarante ans.

 

Antoinette recevait aussi des commandes pour produire de la dentelle pour ses clients.  Ainsi, elle fit la dentelle pour les jabots du Juge O’Reilly.  La dentelle faite main devint un luxe dispendieux, autant en Grande Bretagne qu’en Amérique du Nord, après l’invention des machines à dentelle en 1809.

 

La dentelle française était particulièrement appréciée pour sa qualité.  Les pièces de dentelle de madame Borde ont été conservées par sa famille, et sont considérées comme des trésors par ses descendants.

 

Dramatique 4 :

… radio en arrière fond sonore : parler après 30 secondes de musique; le reste en sourdine… 2 élèves… l’un tourne les pages d’un magazineLa Chanson de la libraire – Jeanne et le Garçon Formidable

https://www.youtube.com/watch?v=2VX6-56xCbk

 

Élève 1 :  Sais-tu s’il y a une librairie francophone dans le coin?

Élève 2 :  Non… je sais pas… j’ai déjà commandé des livres en français via les librairies normales

Élève 1 :  Normales?... rires… tu veux dire là où on vend des livres en anglais?

Élève 2 :  Oui… rires… Mais tu sais qu’il y a déjà eu, à quelques reprises des librairies dites ‘’Françaises’’ à Victoria?

Élève 1 :  Non, c’est vrai?  Et il y a longtemps?

Élève 2 :  Bin, la première c’était dans les années 1950, je crois…

Élève 1 :  Comment tu sais ça?

Élève 2 :  Tu sais que ma mère est archiviste à la ville de Victoria?  Elle trouve parfois avec des informations tout à fait pas rapport… et elle partage avec nous…

Élève 1 :  Tu te souviens de ce qu’elle a dit?

Élève 2 :  Ça avait concernait les propriétaires, 2 femmes… ma mère a dit que c’était rare pour des femmes à cette époque-là de se partir en affaire…

Élève 1 :  Je vais fouiller le sujet :  mon travail d’histoire … il me manque un sujet…

Élève 2 :  Encore!!!??? Ça fait deux mois que tu nous casses les oreilles avec ça! J’aurais pensé que tu avais fini!  T’avais dit que tu avais trouvé un bon sujet, il me semble…

Élève 1 :  C’est un bon sujet!  J’ai parlé de deux femmes, deux artistes, presqu’oubliées.  Une était professeur en art et l’autre une dentellière.  Mais j’aimerais aussi trouver quelque chose sur la culture en général… deux femmes qui partent une librairie… qui partagent la culture francophone… je pense que ça tombe dans ma talle!

Élève 2 :  T’es obsédé!  J’ai hâte que tu finisses pour qu’on parle d’autre chose!

Élève 1 :  Attends l’année prochaine :  ce sera à ton tour de d’obséder!

 

… fin de la chanson sur les libraires…

 

Narration 5 : 

Alors que Rose-Blanche Arcens était étudiante à l’Université de Barcelone pour parfaire sa connaissance de l’espagnol, elle entra dans un petit magasin dont l’affiche annonçait :  Librairie Française.

 

Elle aimait bien ce petit commerce où elle pouvait échanger en français avec les propriétaires, originaires de la même région de France qu’elle.  Ces gens étaient gentils, amicaux.  C’est par eux, et par leur librairie, qu’elle rencontra d’autres congénères et qu’elle se sentit enfin chez elle en pays Ibère.

 

Et puis, elle retourna en France et se maria.  Lorsqu’elle déménagea à Victoria en 1949, elle devint vite membre de l’Alliance Française et du Club Canadien-Français.  Elle se fit une amie de Rose-Marie Walsh, française elle aussi et les deux femmes se trouvèrent de nombreux points communs.

 

Après avoir fondé un centre de rencontres et de causeries amicales, les deux amies développèrent un nouveau projet :  celui d’ouvrir une librairie pour offrir aux francophones de Victoria des livres dans leur langue maternelle.  Madame McBride se rappelant les bons moments passés à Barcelone proposa le nom de Librairie Française pour leur commerce.

 

Madame McBride se rendit à Montréal pour aller acheter un choix diversifié de livres, de disques et de souvenirs de toutes sortes.

 

L’ouverture de la librairie coïncida avec la visite royale et la publicité que lui firent les journalistes de la Presse Canadienne-française permit à l’établissement de se faire connaître rapidement.  En plus des livres, les deux libraires offraient des peintures et des chef-d’œuvre d’artistes québécois et des œuvres d’art venant de France.

 

… intermède musical 30 secondes….

 

Une chose en amenant une autre, sans trop de chichi, les femmes créèrent un centre pour immigrants, dans leur petite boutique située à côté de la gare maritime.  Les nouveaux venus francophones ne risquaient pas de l’ignorer.

 

En janvier 1952, la Librairie Française commanditait un programme sur les ondes du poste anglophone CKDA.  L’émission intitulée Paris by Torch Light fournissait aux auditeurs la magie de la musique française :  Lucienne Boyer, Piaf et autres stars du temps y prenaient la vedette.  Madame Walsh quitta l’association en 1953 et vendit ses parts à Madame McBride.

 

La librairie participa aussi à une campagne afin d’obtenir de la Société Radio-Canada qu’elle ouvre un service en français à Victoria.  Lorsqu’en 1955-1956 un groupe de francophones voulut fonder une paroisse canadienne française, la librairie donna au groupe, mensuellement, un pourcentage du profit de ses ventes.

 

Impliquée dans toutes les causes, personnalité courue de la communauté francophone, elle ouvre ses portes à un groupe de jeunes filles après leurs heures de classes, pour les aider à préparer leurs examens.  Suite au succès du programme, elle se fit offrir un poste d’enseignante dans une école privée.

 

Elle liquida son stock et ferma boutique.

 

Après quelques années comme enseignante de jour à l’école St. Margaret et de soir à la Commission scolaire de Victoria, elle et son mari déménagèrent sur Vancouver; elle enseigna ç a UBC pendant 11 ans.

 

Lorsqu’elle prendra sa retraite, en 1971, elle rédigea un livre qui servira de matériel pédagogique aux étudiants en français de UBC :  Nouvelles du Québec.

 

Madame Rose-Blanche McBride est l’une de ces femmes fortes, engagées et inoubliables qui ont permis à la francophonie de s’épanouir en Colombie Britannique.

 

… Tenir Debout :  Fred Pellerin  3h15 sec

https://www.youtube.com/watch?v=HpRCFvTPI3o