L’hôpital français – Driard – Rueff – De Garo

 

Dramatique 1 :

 

… la scène a lieu sur un bateau à vapeur… vent… vagues… moteur… conversation inintelligible de passagers en arrière-plan…

 

Rueff :  Mon cher ami, laissez-moi vous présenter un monsieur que je viens de rencontrer et qui se dirige, tout comme nous, vers Fort Victoria.  Sosthèmes Driard, je vous présente le Docteur Nicolet Michel  Clerjon.

Driard :  Monsieur!  Quel plaisir de rencontrer un compatriote lors de nos aventures en mer!

Clerjon :  Mais tout le plaisir est pour moi!  Et notre aventure en mer, si vous me permettez, n’a pas été, jusque maintenant trop… comment dire… mouvementée!

Rueff :  Mais nous ne sommes pas encore arrivés à bon port… la rumeur veut que la dernière partie de notre voyage ne soit pas de tout repos… il y a ce détroit, tumultueux, aux courants traitres, aux récifs à fleur d’eau…

Driard :  Allons, mon ami, vous allez effrayer le bon docteur!

Rueff :  Je crois que notre compagnon de voyage en a vu bien d’autres lors de ses nombreux voyages.

Driard :  Vous avez voyagé?

Clerjon :  Tout comme vous, je l’ai dit à Monsieur Rueff…

Rueff :  Mais appelez-moi Jules…!!!

Clerjon :  Bon… comme vous voudrez… alors, comme je le disais à Jules,  je suis comme vous né en France.  Et à la fin de mes études à l’Académie Médicale et Clinique de Paris,  j’ai pratiqué quelques temps dans la Capitale et, plus tard, j’ai décidé d’aller exercer ma profession à Hong-Kong. Ma clientèle était surtout composée de marchands et de leurs familles.

Driard :  Vous y avez pratiqué longtemps?

Clerjon :  Dix ans.  Puis, il y eut la ruée vers l’or de la Californie, et lassé des tracasseries politiques reliées à la guerre de l’opium et à la cession de Hong-Kong à l’Angleterre, j’ai décidé de tenter ma chance dans le nouveau-monde en 1850.  J’ai débarqué à San Francisco.

Rueff :  Et comment avez-vous trouvé l’Amérique, après ces 10 ans passés en Chine?

Clerjon :  Hum… tous ces aventuriers… sans foi ni loi!  Aucun raffinement!  Et ces saloons, maisons closes, maisons de jeux, fumeries d’opium… je dois dire que cela m’a ébranlé au début.  Je me croyais imperméable à ces dépravations, mais cela m’a atteint.  Aucune culture… seulement la faim insatiable de l’or… la soif d’alcool de mauvaise qualité… les désirs charnels les plus bas… mais, après quelques années, on apprend à se fermer les yeux, à ne pas juger, à oublier.  Mais que dis-je! En fin de compte, je n’ai pas regretté mon séjour à San Francisco :  ce fut une nouvelle aventure!  Mais parlez-moi donc un peu de vous!  Qu’est-ce qui vous a amené à San Francisco?

Driard :  La révolution de 1848 m’a, comme plusieurs, mis dans l’embarras financier.  J’ai décidé de migrer pour la Nouvelle-Orléans, y voyant une possibilité d’affaires.  Disons que j’y ai bien vécu, pendant presque deux ans. Lorsque les nouvelles d’une ruée vers l’or en Californie nous sont parvenues, à la Nouvelle-Orléans, le temps de liquider mes affaires, et suis parti vers le pays de l’or!

Rueff : Pour moi, c’est un peu la même histoire… sans le détour par la Nouvelle-Orléans!

Suite à la révolution de ’48, vous savez, Michel, que 20 000 de nos compatriotes ont choisi de s’exiler vers cet El Dorado californien!  Vingt mille!

Clerjon :  Et qu’avez-vous fait, à San Francisco?  Étiez-vous prospecteurs?

 

…. Fondu bruits de bateau… intermède musical 30 secondes….

 

Narration 1 :

 

Nulle part ailleurs au monde qu’en France, la découverte d’or en 1845 à Colma, en Californie ne suscita autant d’intérêt.  Tout près de 20 000 colons français ont navigué vers les côtes californiennes entre 1849 et 1851.  Ils étaient motivés à faire le voyage, non seulement par la possibilité de faire fortune rapidement, mais aussi à cause des conditions en France qui se détérioraient depuis la Révolution de 1848; les exils politiques étaient monnaie courante et les chômeurs se comptaient par dizaine de milliers.  Des sociétés d’immigration, plus ou moins honnêtes, furent même créées pour faciliter l’immigration; les histoires de duplicité et de malveillance sont nombreuses.

 

Parmi les nouveaux arrivants français, plusieurs étaient tombés malades lors du voyage et se trouvaient incapables de travailler.   D’autres, revenaient des mines dans un état d’épuisement total, sans argent et incapables de se débrouiller en anglais.

 

Une Société de bienfaisance avait été formée et subventionnée par les dons des mieux nantis de leurs compatriotes

 

Inspirés par ce principe socialiste à la base de cette Société de bienfaisance, qui veut que tous aient droit aux services dont ils ont besoin, sans considération de leur moyens financiers, Driard, Rueff et son ami Vaillant avaient établi une maison d’Asile pour les malades et les nécessiteux non membres de la Société de Bienfaisance, à San Francisco.

 

Ils arrivaient à Victoria avec suffisamment d’argent en poche pour se partir en affaire. Jules Rueff se fit marchand; quant à Sosthèmes Driard, il fit l’acquisition de trois hôtels : Le Colonial, St-Georges et le Driard.  Mais ils amenaient avec eux, dans leur bagage leur réussite de San Francisco.

Dramatique  2 :

 

… Karim est chez Isabelle…

….Identifiant CILS… annoncer Bernard Adamus… 5 minutes… sourdine après 3minutes

https://www.youtube.com/watch?v=PmoW-ZW6htI&vl=en

 

Karim :  Alors, qu’est-ce que tu penses de mon introduction?

Isabelle :  Je trouve ça très bon.  Tu donnes des précisions sur l’ambiance politique de l’époque en France, sans trop insister; j’aime bien que tu parles du Cimetière du Pacifique!

Karim :  Je parle de ça, moi?… euh… non… je parle pas de cimetière.

Isabelle :  … elle rit… Tu l’as décrit, sans le nommer… elle tape sur son ordi… Regarde ce que Wiki en dit :  « Cimetière du Pacifique » est le surnom d’une zone côtière du Nord-Ouest Pacifique, allant de la baie de Tillamook, au nord de la côte de l’Oregon, jusqu’à la pointe nord de l’île de Vancouver. Les mers de la région sont souvent soumises à une météorologie imprévisible combinée avec un littoral déchiqueté et peu développé — surtout le long de l’île de Vancouver, provoquant des conditions de navigation qui mettent en danger de nombreux navires.

Par exemple, plus de 2 000 bateaux ont sombré et 700 hommes sont morts près du banc de sable du Columbia seulement.

Karim :  Bien oui, je le savais, mais en anglais :  Graveyard of the Pacific!  Mais il y avait pas juste le géographie et le climat :  il y avait aussi les capitaines de bateaux pressés qui causaient des morts, spécialement dans le Détroit Juan de Fuca.

Isabelle :  De quoi tu parles?

Karim :  Au début, de la colonie, on utilisaient de voiliers, puis éventuellement des bateaux à vapeur pour les déplacements le long de la côte.  Souvent, ils étaient trop chargés autant en marchandise qu’en passagers.  Les capitaines voulaient sortir du Détroit le plus rapidement possible, non seulement parce que le temps c’est de l’argent, mais aussi pour s’éloigner de cette zone dangereuse, à cause des récifs et des courants, comme le dit Rueff dans mon histoire.  Ils faisaient chauffer la chaudière à blanc et de nombreux accidents se sont produits.

Isabelle :  Je ne savais pas ça.

Karim :  En fait, un français célèbre, qui fut un habitant de Victoria pendant la période couverte par mon travail est mort suite à l’explosion d’une chaudière.

Isabelle :  Qui ça?

Karim :  Le Comte Paul de Garro.

 

…intermède musical 30 secondes…

 

 

 

 

Narration 2 :

 

Le Conte Paul Joachim d’Urbubie de Garro était un aristocrate fuyant la révolution française de 1848.  Sa femme avait été tuée lors d’une émeute à Paris.  Parce que de Garro était opposé à Napoléon III, il fut exilé en Californie en 1851.  Comme beaucoup de ses compatriotes, il prit le bateau pour Victoria, tentant de profiter de la ruée vers l’or de 1858.

Dès qu’il fut sur l’Ile, encouragé par Modeste Demers qui lui prêta même sa presse, il décide de publier un journal, entreprise dont il sera propriétaire.

Même s’il y a déjà 4 journaux publiés sur l’Ile, il est le seul qui paraît en français.  On l’appelle :  Le courrier de la Nouvelle Calédonie.

À cause du manque de commanditaire, et peut-être aussi, d’intérêt, il n’y aura que 9 parutions.  Mais De Garro doit gagner sa vie.  Après la faillite de son projet, il devient garçon de table… métier qui ne plaît guère à notre aristocrate!  Il veut tenter sa chance dans le Cariboo et achète son passage sur le bateau vapeur Cariboo Fly.  À peine sorti du port, la chaudière explose, tuant quantité de passagers dont le comte.

 

… La ruée vers l’or :  Johnny Hallyday… 2minutes

https://www.youtube.com/watch?v=kug0o2yTX_s

 

Dramatique 3:

 

Isabelle:  Et maintenant, comment continues-tu à développer ton sujet?

Karim :  Bien, je veux parler de la Société de Bienfaisance.

Isabelle :  As-tu déjà écrit quelque chose?

Karim :  Bien, j’ai mes notes… et j’ai écrit un brouillon…

Isabelle :  Que dirais-tu de me lire ce que tu as déjà fait?

Karim :  Tu as raison…C’est une motivation pour continuer… alors, on y va?

 

Les deux hommes, Rueff et Driard, forts de leur expérience de bienfaisance à San Francisco, entreprennent de créer un groupe ayant les mêmes buts, soit offrir des soins aux habitants de Victoria, sans égard à leur nationalité.

 

Ainsi, pour devenir membre de la Société Française de bienfaisance et secours mutuels de Victoria, on devait être en bonne santé au moment de son inscription, et verser la somme de $1 par mois.  Les médicaments et les soins médicaux étaient gratuits pour les membres. Ceux et celles qui n’étaient pas membres devaient payer pour leur hospitalisation selon un taux fixé à cet effet.

 

Les règlements de la Société stipulaient que le conseil d’administration devait être majoritairement formé par des français et que toutes les négociations devaient être tenues en français.

 

Le premier hôpital de 20 lits serait aménagé dans un édifice appartenant à Monsieur Waddington, sur la rue Hérald, entre Goverment et Store Street.   Le Victoria Gazette annonçait, le 8 juin 1860, que l’hôpital était prêt à recevoir ses premiers malades.

 

Isabelle :  Ils étaient efficaces!

Karim :  Mais faut dire que la ville se développait très rapidement!  Plus de 20 000 personnes, et certains auteurs avancent même le chiffre de 30 000, étaient passés à Victoria en 1858, pour la plupart, des prospecteurs venus chercher leurs permis, leur ‘’claim’’ pour les champs aurifères.  La grande majorité n’étaient que de passage, mais Victoria est devenue une ville de services.  Les fermes avaient poussé comme des champignons… la population de Victoria avait explosé et des commerces offrant de la  marchandise de toute sorte se sont implantés rapidement; différents endroits pour dépenser son argent ont vu le jour :  bordels, saloons, fumeries d’opium, salon de jeux… Le pauvre Docteur Clerjon se retrouvait dans la même atmosphère qu’à San Francisco.

Isabelle :  Au fait, qui était le médecin relié à l’hôpital français?

Karim :  Clerjon, bien entendu.  Mais il est mort en 1864 et a été remplacé par un Docteur I.W. Powell.  L’histoire ne dit pas s’il parlait français!

En 1865, il y a suffisamment d’argent dans les caisses pour construire un hôpital sur la rue Humbolt. L’argent vient non seulement des ‘’abonnements’’ mais aussi des levées de fonds qui se tiennent régulièrement :  pique-niques, tombolas et diners.

 

Le pique-nique annuel est si couru, qu’on instaure un congé civique pour permettre à tous d’y assister.  Et le dîner annuel est un rendez-vous pour de nombreuses organisations de la ville.

 

Sosthèmes Driard, est président de la Société jusqu’en 1872, année où il prendra sa retraite.  Il reçut une canne de marche en or en remerciement de ses bons et loyaux services.  Il mourra quelques mois plus tard (confirmer l’année du décès).  L’assemblée législative donna congé à ses membres le jour de ses funérailles pour que tous puissent y assister.  Quant à Jules Rueff, il retourna la même année vers sa France natale, pour s’y faire soigner.  Il mourut deux ans plus tard.

 

… L’Hôpital :  Pierre Perret…

https://www.youtube.com/watch?v=xSd8LNivO20

 

Narration 3 :

 

Après le décès de ses deux principaux fondateurs, l’hôpital français continua à soigner la population de Victoria jusqu’en 1884, année où l’hôpital dut fermer ses portes.  Les membres pouvaient continuer à verser leur contribution mensuelle, et cet argent, au lieu de servir à payer les soins qu’ils recevaient maintenant sous d’autres toits, servait à leur verser une allocation hebdomadaire pour le temps de la maladie.

 

 

L’année 1890 voit la construction d’un nouvel hôpital, le Jubilee Hospital.  Un comité de la Société Française de bienfaisance et de secours mutuels de Victoria rencontre l’administration du Jubilee pour discuter de la possibilité que les deux hôpitaux se fusionnent.  La raison de cette décision est simple :  l’hôpital sur Humbolt ne répond plus aux normes de salubrité, et si la fusion est impossible, la Société de bienfaisance devra construire un nouvel édifice, au cout vertigineux de $12 000!

 

Mais les négociations aboutissent et à l’automne de cette même année, l’hôpital français se joint au Royal Hospital, créé en 1858, et cette nouvelle entité prend le nom de :  The Provincial Royal Jubilee Hospital.

 

… intermède musical 30 secondes…

 

Dramatique 4 :

 

Notaire :  Mes Sœurs, Messieurs… je vous remercie d’avoir répondu à ma convocation et de vous êtes déplacés aujourd’hui pour la lecture du testament de Monsieur Sosthèmes Maximillien Driard, que Dieu ait son âme.

Clerc de notaire :  Monsieur le notaire procédera à la lecture du testament devant vous tous, et par la suite, prendra rendez-vous avec chacun des héritiers pour discuter individuellement des procédures.

 

Narration 4 :

 

En fait, le testament était assez simple.  Driard demeura jusqu’au bout un citoyen dévoué à sa ville.  Il légua une bonne partie de ses biens à la Société Française de Bienfaisance et de Secours Mutuels de Victoria, ainsi qu’aux Sœurs de Sainte-Anne, qui dévouaient elles aussi auprès des malades et des nécessiteux.

 

Dramatique 5 :

 

Karim :  C’est tout ce que j’ai!

Isabelle :  Je trouve que t’as un bon travail de recherche et tu maîtrises bien ton sujet.

Karim :  Merci!… il y a d’autre chose que j’aurais aimé inclure, mais je savais pas où l’insérer.

Isabelle :  Comme quoi?

Karim :  Au Royal Jubilee, il y a une petite cour, comme un jardin.  Et là, il y a une plaque commémorative concernant l’hôpital français.

Isabelle :  Qui l’a installée?

Karim :  L’Association historique francophone de Victoria.  Ils en ont installé plusieurs, de ces plaques, dans la ville de Victoria, pour que les gens se rappellent de l’apport des francophones à l’histoire de la Colombie-Britannique.

Isabelle :  Sans l’inscrire dans ton travail, tu pourrais peut-être en parler à la prof d’histoire… ça pourrait faire l’objet d’un prochain travail.

Karim :  J’ai pas encore fini ce travail-là et tu penses déjà au prochain!!!.. T’es sadique, ou quoi?

Isabelle :  … rires… tu dois admettre que c’était pas aussi difficile que cela en avait l’air, ce travail!  Et le Chrono-tupos, c’est trippant!

Karim :  Le pire, c’était de commencer.  Est-ce que tu crois qu’on puisse insérer des citations, dans notre travail?

Isabelle :  Si tu en donnes la source, je vois pourquoi tu pourrais pas… c’est quoi, ta citation?

Karim :  Là encore, je sais pas où l’insérer… J’ai lu ce passage dans le Tome 1 de Présence Francophone à Victoria, à la fin du chapitre sur la Société de bienfaisance…

Attends, je prends mes notes…bruit de feuilles froissées…  ok… je cite :

 

‘’ Le détail des activités de cette Société prouve que dès le début de la Colonie les francophones de la province eurent l’énergie de s’unir et de survivre.  Ils ne furent jamais nombreux, mais ils ont laissé leur empreinte et encore de nos jours, un noyau de francophones existe, et sait vivre, se protéger et se réjouir en français.’’

 

Qu’est-ce que t’en penses?

Isabelle :  Super bon!  Génial!  Je crois que tu devrais garder ça pour la présentation orale!

Karim :  QUOI?  Une présentation orale?….

Isabelle :  rires….  Fondu en musique….