Laurette Laplante-Agnew

 

Dramatique 1 :

… ambiance école… élève cogne à la porte de la prof d’histoire…

Prof :  Isabelle!  Contente de te voir!  Comment vas-tu?

Isabelle :  Ça va, merci.  Est-ce que je peux vous parler?

Prof :  J’ai une période libre avant mon prochain cours.  Qu’est-ce que je peux faire pour toi?

Isabelle :  C’est au sujet de mon devoir.  J’ai choisi un sujet qui touche plusieurs acteurs dans l’histoire francophone.

Prof :  Ça peut être intéressant… La plupart du temps, ce n’est pas un individu seul qui a réussi à accomplir quelque chose. C’est souvent un travail d’équipe qui donne les meilleurs résultats.  Alors, de qui veux-tu parler?

Isabelle : Bien, je suis tombée sur un vieux livre, écrit en 1992, par une dame Laurette Laplante-Agnew; le titre en était :  Pages d’Histoire, Découvertes et réalisations en Colombie-Britannique.

Prof : Et tu y as appris beaucoup dans ce livre?

Isabelle :  Oui.  Il y a quelques sujets qui m’intéressaient, mais ils avaient déjà été pris par d’autres élèves.  Alors, je me suis intéressée à Madame Laplante-Agnew.  Elle a été très active dans la société francophone de la deuxième moitié du 20ième siècle.

Prof :  Parfait!  C’est un bon sujet.

Isabelle :  En faisant des recherches sur cette dame, j’ai aussi ‘’rencontré’’ d’autres personnes ayant eu un impact important dans le développement des ressources francophones à Victoria.

Prof :  Et ce sont des francophones qui auraient côtoyé Madame Agnew?

Isabelle :  Oui.

Prof :  OK…. Hum… Tu dois juste faire attention à ne pas mettre en scène trop de personnages. Sinon, tu n’auras pas le temps de les décrire suffisamment pour qu’on en ait une image claire.

Isabelle :  OK.  Alors, si j’en prends 2, ça irait?

Prof :  Mais bien sûr.  Comme ça, tu peux faire un portrait plus précis de leurs accomplissements,

Isabelle :  Je peux revenir si j’ai besoin?

Prof :  C’est pour ça que je suis là, Isabelle.

 

… cloche sonne : fin de la récréation… corridors… silence

… Luille Dumont   https://www.youtube.com/watch?v=fKSiZVkzLNE  3min 44

 

 

 

 

Narration 1 :

 

Née à Sainte-Monique de Nicolet, petit village francophone du Québec, en 1917 alors que la Première Guerre Mondiale est sur le point de se terminer, Laurette Laplante reçoit une éducation selon les normes de l’époque.  Cependant ses parents, visionnaires, inculquent à leurs enfants le plaisir d’apprendre et leur font comprendre que la maîtrise de l’anglais est un outil important, permettant d’obtenir de meilleurs emplois, mieux payés.

 

Elle n’a que dix ans, lorsqu’elle commence à s’intéresser à l’histoire.  Elle consigne dans de petits carnets, des notes historiques sur les évènements qui retiennent son attention.

 

Laurette démontre, très jeune, ses talents d’écrivaine.  En-effet, dès l’âge de douze ans, elle écrit un article sur Saint-François d’Assise, qui sera publié dans le journal La Presse.

 

Elle s’implique comme bénévole dans sa paroisse dans plusieurs organisations, et dans les mouvements de l’Action Catholique.  Elle devient organiste dans son église, ainsi que directrice de chorale et pianiste d’accompagnement.

 

Laurette fait de hautes études en traduction, en linguistique et en littérature française.  En 1944, grâce à sa maîtrise de l’anglais, et à son diplôme d’études commerciales, elle obtient un emploi chez Bell Canada à Montréal, pour qui elle travaillera pendant trente ans.  Elle est mutée à Ottawa où elle rencontre son mari, et le couple prend sa retraite en 1974.  C’est alors que commence leur aventure en Colombie-Britannique.

 

Ils s’installent à Sydney.  Les intérêts et les talents très diversifiés de Laurette en musique, en peinture, en généalogie, en archivage et en histoire lui ouvrent plusieurs portes auprès de multiples organismes communautaires, autant anglophones que francophones.

 

Elle dira :  ‘’Ce qui fait que nous avons une retraite heureuse, c’est que nous sommes actifs.  Je comprends difficilement l’attitude des gens qui prennent leur retraite et n’ont aucun objectif pour l’utilisation de leur temps libre.  Il y a tellement de bénévolat à faire!’’

 

…. 30 secondes intermède….

 

Dramatique 2 :

 

Laurette :  Oui.  Je voudrais mettre une annonce sur les babillards de votre centre.

Interlocuteur :  … avec un fort accent anglais… Et que dira cette annonce?

Laurette :  J’habite Sydney depuis 2 ans, et plusieurs personnes, des anglophones m’ont dit qu’ils aimeraient apprendre le français.  D’autres, qui ont déjà une base, aimeraient tout simplement converser en anglais.  Alors, je me suis dit que ce serait bien d’offrir des cours de conversation française.

Interlocuteur :  Vous savez que c’est un centre communautaire pour les aînés?  Je doute que vous ayez des inscriptions!

Laurette :  Ça ne coûte rien d’essayer.  Je connais personnellement quelques personnes qui se sont dites vraiment intéressées. On peut mettre l’annonce, et si on n’a pas d’inscriptions, hé bien… on laissera tomber.  Mais j’en doute.

Interlocuteur :  Vous êtes tenace!  Alors, pourquoi pas?  Comme vous le dites, ça ne coûte rien d’essayer.

 

… musique :  4minutes 24sec

https://www.youtube.com/watch?v=NVoM9MG-4lc&index=3&list=RD5UGpuywRqto

 

Dramatique 3 :

 

Interlocuteur :  … avec un accent moins fort que dans la première partie… Alors, Madame Agnew, est-ce que vous offrirez les cours de conversation française à la prochaine session?

Laurette :  Cela fait maintenant 5 ans que vous m’avez donné l’opportunité d’animer ces cours, et je suis très contente des résultats.  La première année, je n’avais eu que 5 inscriptions.

Interlocuteur :  Je dois avouer, que j’avais été surpris qu’il y eu de l’intérêt.  Mais depuis 1982, chaque année, le nombre d’enregistrements ne fait qu’augmenter.  Combien d’élèves dans votre dernière cuvée?

Laurette :  Quarante!  Divisés en deux groupes!

Interlocuteur :  Magnifique!  On parle de plus en plus de cet atelier.  On nous félicite pour cette initiative.  Je ne savais pas qu’il y avait tant de francophiles à Sydney!  Donc, je vous garde sur ma liste d’activités pour l’automne prochain?

Laurette :  Non, malheureusement.  D’autres intérêts m’appellent ailleurs.  Je suis impliquée auprès de plusieurs organismes francophones, dont la Société Francophone de Victoria.

Interlocuteur :  Je ne connais pas ce groupe.  Qu’est-ce que c’est?

Laurette :  Vous la connaissez peut-être sous son ancien nom :  Le Club des Canadiens Français de Victoria.  Le but de ces bénévoles est de réunir les Canadiens Français de l’Ile de Victoria, de favoriser les rencontres, de développer la passion de la langue française, et d’aider ses membres dans toute la mesure du possible.

Interlocuteur :  Quel dommage!  Et mon français qui s’améliorait d’année en année!  Vous allez nous manquer!

 

… intermède 30 secondes…

 

 

 

Narration 2 :

 

Et elle ne ment pas lorsqu’elle dit qu’elle a d’autres intérêts!

 

Pendant toutes ces années de retraite ‘’active’’ Madame Laplante-Agnew a continué à s’intéresser à l’histoire.  C’est pourquoi, elle devient une des fondatrices de l’Association historique francophone de Victoria dont elle sera gardienne des archives de 1985 à 2004.

 

Elle crée une maison d’édition en 1985 :  Les Éditions Laplante-Agnew.  Le but de cette fondation était de favoriser la publication des œuvres d’écrivains francophones.  Huit livres de l’Association historique francophones de Victoria ont pu voir le jour.  On y publie aussi des généalogies et des circulaires engagés.

 

En 1987 le volume :  Présence Francophone à Victoria parut aux Éditions Laplante-Agnew, d’abord en français, puis en version anglaise, par laquelle les anglophones de la région peuvent en apprendre plus sur l’apport des francophones dans les débuts de la colonie.

 

Elle est invitée à donner des conférences.  En 1992, elle rassemble à la hâte ces notes et produit son livre :  Pages d’Histoire, découvertes et réalisations en Colombie-Britannique.

 

En 1993, elle est récipiendaire du Prix Napoléon Gareau de la Fédération des Francophones de la Colombie Britannique, en reconnaissance de son dévouement envers la sauvegarde du patrimoine de la communauté francophone.

 

La même année, c’est le prix de l’Ordre de la fidélité française qui la met à l’honneur.

 

Deux ans plus tard, soit en 1995, une décoration des Cent-Associés français (maintenant Cent-Associés francophones) lui est remise, pour reconnaître ‘’officiellement et de façon permanente son travail de super-bénévole, ayant travaillé une grande partie de sa vie à l’épanouissement et à la promotion de la langue et de la culture francophone.’’

 

Madame Laurette Laplante-Agnew a été une fière et vaillante défenseuse de la culture et de l’histoire des francophones en Colombie Britannique.  Elle a formé des jeunes intéressés par l’histoire et la généalogie.  Elle a enseigné le français aux francophiles.  Elle a laissé sa marque dans notre histoire… en faisant l’histoire!

 

… Pauline Julien… 4 minutes

https://www.youtube.com/watch?v=8gLUcdbTVcU

 

 

 

Narration 3 :

 

Marie Robillard habite Victoria depuis 1961.  Dès son arrivée, elle devient bénévole auprès de plusieurs organisations francophones.  Madame Robillard et Monsieur Louis-Philippe Fortier seront, pendant quelques années, les conservateurs des archives amassées et classées jusque-là par Madame Yvonne Fortin-Terrien.  Ces archives contiennent tous les procès-verbaux pertinents à la fondation du Club canadien français ainsi que toutes les lettres écrites et photos reliées à la création de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB); ainsi que toute la documentation de la Paroisse Saint-Jean-Baptiste.  Au début des années 1980, Marie Robillard passe le flambeau à Monsieur Jean Lagassé, de la Société francophone de Victoria.

 

En 1984, le Comité des archives nouvellement créé et sous la supervision de Marie Robillard, organise tous ces documents qui seront remis aux Archives provinciales.

 

Le mandat du Comité des archives était de faire connaître la place qu’ont occupé les francophones dans l’histoire de Victoria.  En 1985, le Comité des archives s’incorpore en un organisme à but non lucratif et s’appelle alors :  L’Association historique francophone de Victoria.

 

Marie Robillard en fût la première présidente, et sera réélue à quelques reprises et fera partie du conseil d’administration à un poste ou un autre pendant 20 ans.

 

En 1999, Marie Robillard et Yvette Gould travaillent pour créer le “Groupe des Aînés”, afin de permettre aux retraités francophones et francophiles du Grand Victoria de se rassembler et de participer à des activités en français.

 

Les deux femmes organisent des sorties aux restaurant, des repas communautaires, des après-midis de jeux à la salle paroissiale et des sorties de groupe.  Ce groupe se greffera à la Société Francophone de Victoria sous le sigle :  L’AGRAFF, l’association des gens retraités et aînés francophones et francophiles en 2007.

 

Dramatique 4 :

 

… gens qui rient en fond sonore… conversations… mélange de cartes…

 

Marie :  Je commence à être tannée de jouer au 500!  Faudrait se trouver quelque chose de plus stimulant…

Raynald :  moi,  je connais pas vraiment d’autre jeux de carte que le 500 et la dame de pique!

Marie :  On devrait essayer le bridge!

Raynald :  Mais c’est compliqué, le bridge!  J’ai jamais été capable d’apprendre!

Marie :  Bien, Raynald, c’est l’occasion d’apprendre.  On va faire venir quelqu’un qui est capable d’enseigner le bridge, en français.  Et après ça, on invitera ceux qui auront pris le cours, et ceux qui savaient déjà jouer, à former un club de bridge en français!

Raynald :  Attends, je prends un crayon et un papier et on va écrire notre première publicité.

Marie :  Ok. Écris ça :  Intéressés à apprendre le bridge?  Nous tentons d’organiser un groupe pour apprendre à jouer au bridge, en français.  Donnez votre nom à Raynald Billard ou Marie Robillard.

 

… fondu du fond sonore sur musique qui augmente… intermède 30 secondes…

 

 

 

Narration 4 :

 

C’est ainsi que l’on peut s’imaginer la conversation ayant eu lieu entre Marie Robillard et Raynald Billard et qui a mené à la création d’un Club de bridge en 2007.

 

Femme d’action, lorsque Marie a une idée, elle met en œuvre les moyens pour parvenir à ses fins.  Voilà pourquoi il n’est pas surprenant de la voir se joindre à un groupe tentant de sauver l’AFRACB, l’Association francophone des retraités et des aînés de la Colombie Britannique en 2009. Reconnaissant sa compétence et son dynamisme, elle en devient la présidente du conseil d’administration.  L’association est non seulement sauvée, mais grâce à la ténacité et à l’expertise de sa présidente, reprendra ses forces et deviendra l’une des organisations communautaires les plus actives que Victoria ait connues.

 

Marie travaille aussi bien,  seule qu’en groupe.  Déjà, elle a participé au comité de rédaction du livre : Présence Francophone à Victoria.  Mais, en 2015 paraît un autre livre de l’Association historique francophone, à l’instigation de Marie :  Aventures en écriture, qui est une anthologie des écrivains francophones de la grande région de Victoria. Le comité organisateur, dont fait partie Marie, se méritera le prix Henriette Moreau 2016.

 

Dramatique 5 :

 

… ambiance salle de réception… conversations… musique d’ambiance…

… Maitre de cérémonie cogne son verre pour attirer l’attention… le silence se fait…

 

Maître de cérémonie :  Nous en sommes maintenant au clou de cette soirée.  Depuis plusieurs années déjà, nous remettons le Prix Fortin-Terrien, en reconnaissance de l’implication bénévole exceptionnelle d’un membre de la communauté francophone. Par ce prix, la Société souligne plus particulièrement les actions qui contribuent à l’épanouissement de la communauté et qui ont un effet sur son présent comme sur son avenir.

 

Cette année, nous avions plusieurs candidats et candidates, tous plus extraordinaires les uns que les autres pour leur implication bénévole dans la vie communautaire.  Mais bien vite, nous en sommes venus à discerner la personne qui devrait, selon notre comité de sélection, recevoir le prix cette année.

 

S’il vous plaît, applaudissons tous cette bénévole hors pair, et j’ai nommé :  Madame Marie Robillard!!!

 

… applaudissements… bravi… musique triomphante en arrière-fond…

 

Maître de cérémonie :  Marie, au nom de la Société Francophone de Victoria, j’ai le plaisir, que dis-je, l’honneur de te remettre le Prix Fortin-Terrien 2011.

 

… applaudissements…

 

Marie :  Merci, merci beaucoup.  C’est un véritable honneur que de recevoir ce prix.  Le Club Canadien-Français de la Colombie-Britannique, fondé à Victoria, et sous la direction de Mesdames Yvonne Fortin-Terrien, Cécile Goguillon et Irène Goguillon, lance l’idée d’un regroupement des organismes francophones et propose le principe d’une fédération rassemblant les cercles de la province. Le 24 juin 1945, à Victoria, se tient le premier congrès de langue française, où la Fédération prend naissance.

 

Madame Yvonne Fortin-Terrien fut un exemple pour chacun, chacune d’entre nous.  A un moment où tout est encore à faire dans cette province, cette femme accomplit un travail énorme pour les francophones de la Colombie Britannique.

 

Et que de recevoir un prix qui porte son nom, je suis émue et reconnaissante envers cette communauté que j’adore, et qui ce soir, me reconnaît.

 

Je crois sincèrement que pour préserver notre langue et notre culture, minoritaires que nous sommes en Colombie Britannique, nous devons nous impliquer, agir et défendre nos droits.

 

Je vous remercie tous et toutes qui avez voté pour moi.  Et je félicite ceux et celles qui ont été mis en nomination.  Chacun et chacune d’entre vous méritait ce prix.

 

Merci.

 

… applaudissements… musique de fond qui devient intermède de 30 secondes…

 

 

 

 

Narration 5 :

 

Marie Robillard recevra d’autres prix.  En 2013 la Fédération des aînés et aînées francophones du Canada lui remet le Prix national du leadership et en 2015 elle reçoit le prix Napoléon Gareau de la Fédération des Francophones de la Colombie-Britannique.

 

Cette femme aux intérêts multiples, écrivaine talentueuse, mélomane, leader, administratrice et redresseuse de tort est reconnue comme un des flambeaux de l’histoire francophone moderne à Victoria.