Un texte de Marie-Hélène Bourret

La grande majorité des francophones habitant Victoria dans les années 1950 étaient de nouveaux arrivants, ils pouvaient se faire un nouveau cercle d’amis en joignant diverses associations francophones, telles l’Alliance Française ou Le Club des Canadiens-Français.  Mais pour beaucoup d’entre eux, la vie de village, de quartier, leur manquait.

Plusieurs étaient catholiques; bien qu’il y eût des pour leur offrir des célébrations dominicales et les rituels reliés à leur foi, cela se faisait en anglais.

Dans ces villes et villages qu’ils avaient laissés derrière eux, le clocher de l’église était un phare, une balise; le son des cloches rappelait à heure fixe les prières du jour, laudes, angélus, vêpres, complies, et soulignaient les moments importants de la vie du croyant :  baptême, mariage, décès…

C’est sur le perron de l’église que les nouvelles se partagent, que l’on renoue avec les amis. L’église est bien plus qu’un lieu de culte.  Elle est au centre de la vie de paroisse, de la vie communautaire, et même, de la vie familiale.

C’est pourquoi, il semble important aux francophones de l’époque de créer une paroisse où ils pourraient pratiquer leur foi et retrouver leurs semblables, en français.

Des prêtres, tel le Père J.A. Gaudet, aumônier du Club des Canadiens Français, ou les Pères Franciscains se déplaçant depuis les paroisses françaises de Maillardville et de Port Alberni célèbrent la messe à Loretto Hall.  Mais cela n’est pas suffisant pour ceux et celles désireux d’avoir leur paroisse.

À la fin de 1952, le Club des Canadiens Français ouvre un compte de banque dans le but de créer une paroisse, d’acquérir un lieu de culte.  Plusieurs activités sociales et levées de fonds sont organisées avec pour objectif de réaliser le projet le plus rapidement possible.  Deux ans plus tard, soit en 1954, le compte dépasse trois mille dollars.

L’évêque de l’époque, Monseigneur Hill, prend deux ans avant d’accepter de rencontrer les représentants du groupe.  Ce n’est qu’en 1956, et après avoir reçu une pétition signée par les futurs paroissiens, qu’il se dit favorable à leur demande, à la condition que l’église dans la mire du comité, l’Église Saint-Mathias, une église anglicane, qui a aussi l’avantage d’une salle paroissiale, soit payée comptant.  On se tourne alors vers un organisme ayant son siège dans la ville de Québec :  le Conseil de la Vie française, dont  la mission est de « promouvoir le développement et l’épanouissement des communautés d’origine, de langue et de culture françaises en Amérique ».  Ses fondateurs lui donnent la devise : Conservons notre héritage français.

Après étude, le Conseil autorisa la subvention de $8000 et Rome donna son approbation le 4 mars 1957.  L’achat fut conclu et on dut encore attendre 6 mois pour que le Père franciscain Clément Lepine ne prit en charge la paroisse; le nom de cette nouvelle paroisse :  St-Jean Baptiste, patron des canadiens français.

Des réparations étant nécessaires, on organisa un comité pour obtenir les fonds dont on avait besoin :  demandes de subventions, activités communautaires payantes tenues dans la salle paroissiale et recherche de dons privés.

Les mois et les années passèrent.  Des marguilliers furent élus, à tous les ans, pour assurer une rotation.  Les femmes eurent enfin droit à occuper le poste en 1969.  Cela était très rare à l’époque.  La paroisse faisait preuve d’ouverture d’esprit!

Les paroissiens fréquentant la petite église située sur le coin des rues Richmond et Lilian veulent un presbytère.  En 1964 on achète la maison voisine de l’église. 

Plusieurs prêtres se succédèrent comme pasteurs guidant ce troupeau de brebis francophones.  Il fut parfois difficile de trouver un prêtre catholique francophone, ou du moins francophile, mais les paroissiens ne se découragement pas, et multiplient les démarches.  Malgré quelques périodes durant lesquelles la paroisse était orpheline de guide spirituel, plusieurs prêtres se succédèrent.