Joly de Lotbinière

…. Ambiance d’école… cafétéria… deux étudiantes rencontrent la prof d’histoire…

Dramatique 1 :

Étudiante 1 :  Es-tu allée dans le labo d’histoire?

Étudiante 2 :  Non!  À toutes les fois que j’y vais, c’est plein de monde!  Si ça continue, je serai jamais capable de remettre mon travail à temps!

Étudiante 1 :  Mais faut que tu réserves ta place!

Étudiante 2 :  Comment ça, faut réserver?

Étudiante 1 :  Bien oui!  Il y a une feuille de réservation sur la porte du labo?  Me dis pas que tu l’as pas vue?

Étudiante 2 :  Non, je l’ai pas vue.  Je vais réserver tout-de-suite.  Tu viens avec moi?…. C’est comment, la machine?  Je veux dire… toi tu l’as utilisée… je t’ai vue, les électrodes dans les cheveux, le masque sur tes yeux… comment c’est?

 

les étudiantes marchent… fin cafétaria… corridor… fermeture lockers…

 

Étudiante 1 :  Au début, je pensais que ça marchait pas… la technicienne m’avait avertie que ça prendrait quelques minutes avant que je commence à voir quelque chose… j’attendais, j’attendais, je commençais à avoir chaud en-dessous de la couverture puis :  BAM!!! Il y a eu comme une explosion de couleurs!  C’était flou au début… tu sais… un peu comme quand on essaie d’ajuster le télescope pour la première fois…

Étudiante 2 :  Tu veux dire que ça fonctionne pour vrai?… moi, j’y croyais pas.  J’en ai parlé à mes parents, et ils m’ont dit de faire attention, qu’on sait jamais avec les nouvelles technologies qui changent l’état de conscience… qu’on peut rester ‘’pris’’…

Étudiante 1 :  Moi aussi, j’avais des doutes… mais je te dis, ça marche!… fait qu’une fois que l’image est réglée, on commence à entendre des sons… encore là, au début, c’est pas clair… puis, ça s’éclaircit…

Étudiante 2 :  Ouin… mais comment ça marche?  Comment on fait pour voir et entendre des évènements qui se sont passés il y a 100 ans?

Étudiante 1 :  La technicienne l’explique… je pense avoir compris que l’idée est venue d’une théorie de la physique quantique selon laquelle tout ce qui a déjà existé, existe encore dans une espèce de bassin de connaissances  ‘’universelles’’… mon frère dit que ce sont les archives akashiques…

Étudiante 2 :  Quoi???..Je comprends pas plus… Bon, voilà la feuille!  Pourquoi je l’avais jamais vue avant?

Prof :  Alors, les filles… les travaux, ça avance?

Étudiante 1 :  J’ai presque terminé mon écriture… mais j’avais une question :  Moi, j’ai choisi Joly de Lotbinière… il a été fortement influencé par son père… est-ce que je peux donner de l’information sur son père aussi?

 

Prof :  Si tu crois qu’il a joué un rôle important dans ce qu’allait accomplir notre lieutenant-gouverneur, oui… pourquoi pas!

 

…. Musique compositeur français début 1820… 1 minute…

 

Narration 1 :

Henri-Gustave Joly de Lotbinière fut fortement influencé par son père, Pierre Gustave Joly, né en France.  Ce dernier était énergique, cultivé et autoritaire.  Il a voyagé partout en Europe, et en 1827, il déménagea à Montréal. Il était de stature imposante, affable et riche.  Il rencontra et épousa Julie-Christine de Lotbinière en 1828.  Elle était la propriétaire de la seigneurie de Lotbinière.  Pierre-Gustave naquit sur le domaine.

Pierre-Gustave devint le gérant de la seigneurie.  Il établit deux moulins à grains, fonda une compagnie de bateaux à vapeur, a influencé la construction d’une voie ferroviaire sur la Rive Sud de Québec.  Il fit aussi construire un moulin à scie à l’embouchure de la Rivière aux Chênes, ce qui fit de Lotbinière un centre important de la production de bois.

Le père de Henri-Gustave maintenait des liens commerciaux avec l’Europe et investissait dans la bourse.   Il fit des recherches scientifiques, tenait des carnets en astronomie, sur les pierres précieuses et les métaux.  Sa photo du Parthénon fur la première à être jamais publiée.

Le fils hérita de son père la discipline personnelle et l’éthique de travail, en plus d’un intérêt marqué pour les sciences naturelles et un sens inné pour les affaires et le commerce.

Henri-Gustave étudia à Paris de 1836 à 1849 et fit l’apprentissage du droit au Bas-Canada à compter de 1850; il fut admis au Barreau en 1855.

Tout en exerçant sa profession à Québec, il s’occupa de gérer la seigneurie de Lotbinière, propriété de sa mère qui, en 1860, lui en céda les droits.

 

Henri-Gustave commença sa carrière politique en 1861.

 

Grâce à son influence, il fit avancer l’agriculture au Québec.  Sa ferme devint une ferme modèle où il expérimenta plusieurs nouveautés dans le domaine des semis et des engrais.  Il développa l’industrie laitière dans son coin de pays, encouragea la culture de la betterave à sucre et tenta d’étendre la culture du lin et du chanvre.

 

Il travailla pour la protection des forêts et pour mettre fin aux pratiques de gaspillage, alors que la coupe de bois d’œuvre était une des principales activités économiques.

Tout comme son père, il mit beaucoup d’énergie dans le développement de voies ferroviaires.

…. Dans le train pour Ste-Adèle… 3 minutes…

 

Dramatique 2 :

Lotbinière :  Hum… ce que vous me proposez là m’intéresse beaucoup.  Nous pourrions, étant à la tête de la province, faire beaucoup pour le développement des régions…

Letellier :  Vous comprenez, Henri, que je ne peux rien promettre… le peuple risque de ne pas accepter ma décision de congédier de son poste de premier ministre Eugène Boucher et de vous donner son poste….

Lotbinière :  Mais, mon cher Letellier, le peuple comprendra, qu’en tant que Lieutenant-Gouverneur, représentant de la Reine Victoria au Canada, vous avec le droit… que dis-je, le devoir d’agir…

 

intermède musical 30 secondes…

 

Narration 2 : 

Il devint premier ministre de la province de Québec et commissaire de l’Agriculture et des Travaux publics du 8 mars 1878 au 30 octobre 1879. Réélu en 1878 et, sans opposition, en 1881. Chef de l’opposition de 1879 à 1883, il démissionna de ses fonctions de député provincial le 25 novembre 1885, parce qu’il ne sentait plus qu’il représentait ses électeurs :  bien qu’il croie que le gouvernement ait fait preuve de laisser-aller dans le dossier des Métis de l’ouest, il s’oppose à la pensée de ses électeurs qui sont plutôt en faveur de Riel.

Il fut élu député libéral de Portneuf à la Chambre des communes en 1896 et devint contrôleur du Revenu de l’intérieur du 13 juillet 1896 au 29 juin 1897, mais sans faire partie du cabinet. À sa nomination, son siège de député était devenu vacant. Réélu sans opposition dans Portneuf à une élection fédérale partielle le 30 juillet 1896, il prêta serment comme membre du Conseil privé et comme ministre du Revenu de l’intérieur le 30 juin 1897; il détint ce portefeuille jusqu’à sa démission, le 21 juin 1900, date à laquelle il fut nommé Lieutenant-gouverneur de la Colombie- Britannique.

 

 … 1 minutes de God Save the Queen…

 

 

Dramatique 3:

Secrétaire:  Monsieur Dunsmuir, vous m’avez appelé?

Dunsmuir :  Oui, mon cher secrétaire.  Nous devons absolument mettre le premier ministre Laurier au courant des agissements de notre lieutenant-gouverneur.

Secrétaire :  Oui, Monsieur. Je suis prêt à la dictée.

Dunsmuir :  Faisons d’abord un brouillon… la situation demande beaucoup de tact, mais doit surtout être expliquée clairement… les implications pour notre système politique doivent être clairement définies….

Secrétaire :  Bien sûr, Monsieur le Premier Ministre…

Dunsmuir  Après les salutations d’usage… Nous voulons vous entretenir d’une situation, qui si laissée sans surveillance, menace la paix sociale et l’avancement de la politique en Colombie Britannique.

Secrétaire :  oui…

Dunsmuir :  L’actuel Lieutenant-Gouverneur de notre province, l’Honorable Thomas Robert McInnes a commis une série d’actions, a fait des choix politiques qui vont à l’encontre de la démocratie…écrivez plutôt, :  contraires aux principes, usages et coutumes des gouvernements constitutionnels.

 

…. Interlude….

 

Narration 3 :

Suite à cette lettre, ainsi qu’à la déclaration publique de l’Association Provinciale des Droits (Provincial Rights Association) sur le même sujet, le premier ministre du Canada de l’époque, le Très Honorable Sir Wilfrid Laurier, démet de ses fonctions Thomas McInnes, et nomme pour le remplacer Henri-Gustave Joly de Lotbinière au poste de Lieutenant-gouverneur de la Colombie Britannique.

Le premier ministre James Dunsmuir, mis au courant de cette nomination, écrit à nouveau à Wilfrid Laurier :  il est inquiet de la réaction causée par l’arrivée de ce francophone dans l’arène politique provinciale… anglophone.  Laurier lui répond :

 

‘’… C’est un gentleman expérimenté, connu pour son équité d’esprit ainsi que pour ses habiletés et plusieurs admirables qualités.  Je suis certain qu’il vous donnera pleine satisfaction et deviendra populaire en Colombie-Britannique.’’

 

Après son arrivée,  le journal The Colonist le décrit ainsi :  Un homme un peu plus grand que la moyenne, mince, portant les cheveux, la moustache et les favoris gris et faisant preuve de charme et de grâce;  Sir Henri a l’allure qu’il faut pour occuper le poste important qui lui a été assigné…

 

Joly de Lotbinière impressionne la classe politique et le peuple.  Durant les six années qui suivirent, il fut un administrateur compétent, si habile dans les matières constitutionnelles et d’une personnalité si attrayante, qu’il se fit des amis des deux côtés de la chambre, et avant même la fin de son mandat, les citoyens demandaient aux autorités de le garder en poste.

Il faut dire que la situation politique est instable et improductive :  les ‘’lignes de parti’’ n’existent pas, ce qui rend compliqué le vote en chambre.

Le népotisme est rampant. Le gouvernement fait face à une crise après l’autre.

 

Le premier ministre Dunsmuir et le nouveau lieutenant-gouverneur s’entendent bien, ont même des relations amicales.  Cependant, une question les opposera:  l’immigration chinoise.

 

… musique cantonaise 3 minutes….

 

 

 

Lotbinière est un homme qui a voyagé, est instruit et surtout a une vision du monde plus égalitaire que celle de Dunsmuir.

Les immigrants chinois vivent une situation particulière en Colombie Britannique.  Venus ici pour améliorer leur sort, ces jeunes hommes font face à de la discrimination raciale, à du racisme.  Le salaire qui leur est versé équivaut souvent à la moitié de ce que leurs compagnons de travail d’origine européenne ou canadienne reçoivent. Les Asiatiques se retrouvent souvent dans des emplois dangereux, comme la conserverie et l’exploitation de mines.  La construction de chemins de fer nécessitera le recrutement de 15,000 d’entre eux.

 

Dramatique 4 :

… Dunsmuir est énervé…

 

Dunsmuir :  Mais il y a trop de Chinois!  Tous ces asiatiques qui prennent les emplois de nos jeunes gens!  Depuis que le chemin de fer est fini de construire, ils reviennent en Colombie Britannique…

Joly :  N’oubliez pas que c’est nous qui avons recruté ces 15 000 jeunes gens!  Nous en avons la responsabilité!  De plus, les emplois qu’ils occupent sont des emplois dangereux et mal payés que nos Canadiens boudent.

Dunsmuir :  Peut-être… peut-être… mais ils sont différents de nous!  Ils vont teinter notre culture, peut-être même, leur nombre sera supérieur au nôtre, et voudront-ils prendre le pays !!!

Joly :  Allons, allons… vous exagérez!

Dunsmuir :  On aurait cru que la taxe exigée par l’Acte sur l’immigration chinoise de 1885 les aurait arrêtés.  Même après que cette taxe fut augmentée à $100 en 1900, ils ont continué à immigrer!  Je crois qu’il est temps de faire plus!

Joly :  Je ne suis pas d’accord, et vous le savez bien.  J’emploie moi-même trois asiatiques chez moi.  Ils travaillent fort et bien, sont honnêtes et ont appris l’anglais.  N’oubliez pas que nous sommes tous des immigrants en cette terre d’accueil.

Dunsmuir :  Mais ne voyez-vous pas que nous sommes en danger d’être submergés par les Chinois? Notre culture est en danger!  Nous devrions les empêcher d’entrer au pays, tout simplement!

Joly : Mais non, mon ami, mais non…

Dunsmuir :  Nous allons présenter une demande d’augmentation de la taxe à $500… j’espère que vous allez, cette fois-ci, l’entériner?

Joly :  Non. Je ne le ferai pas. C’est mon dernier mot sur le sujet.

 

… on entend Dunsmuir mercher (fort),  ouvrir et claquer la porte…

 

Narration 4 :

Dunsmuir démissionnera quelques temps plus tard.

Mais les problèmes de Joly de Lotbinière avec les politiciens ne sont pas terminés pour autant.

Après la démission de Dunsmuir, Joly de Lotbinière nomma Edward Prior au poste de premier ministre de la Colombie Britannique.  Bien que les deux hommes ne s’entendissent pas au sujet des chemins de fer à construire, ils entretenaient des relations civilisées et presqu’amicales.

Prior était un ingénieur et un homme d’affaires.  Il profita d’un appel d’offre du gouvernement, dont il était le chef, pour déposer le devis le plus bas, et ainsi, gagner le contrat de construction du pont de Chimney Creek.

Impossible pour le Lieutenant-gouverneur de laisser passer une telle offense.  Fidèle à ses principes et à son éthique, il demande à Prior de démissionner… celui-ci refuse, mais il se fait congédier.

La situation politique en Colombie-Britannique est toujours aussi difficile… corrompue.  Sur la fin de son mandat, De Lotbinière met en poste Richard McBride, jeune premier ministre de 32 ans.  Finalement, c’est un bon choix :  McBride est aimé de tous, est droit, honnête et réussit établir la discipline dans les affaires politiques, et  à remettre le gouvernement sur la bonne voie.

 

Dramatique 5 :

Étudiante 1 :  Voilà ou j’en suis rendue… je sais pas trop comment terminer…

Étudiante 2 :  Je sais pas… qu’est-ce qu’il a fait pour les francophones?

Étudiante 1 :  Ce qu’il a fait, c’est pour toute la Colombie Britannique qu’il a fait.  Sa droiture et son éthique de travail lui a permis de nettoyer la politique Britanno-Colombienne et de véritablement établir le système démocratique sur lequel notre gouvernement est construit.

Étudiante 2 :  Bien, tu pourrais dire quand il a fini son mandat, et ce qui est arrivé par la suite.

Étudiante 1 :  Parce qu’il avait fait un bon travail et que tous s’entendaient à dire qu’il avait rehaussé la station de lieutenant-gouverneur par son affabilité, son élégance naturelle, son prestige personnel et son expérience politique, on lui a offert un deuxième mandat.  Sa santé déclinant rapidement, il a refusé.  Il est retourné à Québec, ou il est mort, deux ans plus tard.

Étudiante 2 :  C’est sûr qu’il a été un des grands francophones de la Colombie Britannique…. J’espère juste que je vais être capable de faire un aussi bon travail que le tien.

…. Musique folklorique du début des années 1900…