Jean Caux, dit Cataline.

 

Dramatique 1 :

… conversations d’hommes dans le background en français, anglais, chinois… braiements d’ânes… piétinement de bêtes… Jean a l’accent français.

Jean :  Les gars!???… êtes-vous prêts à partir?  Les bêtes sont toutes chargées?  On a rien oublié?

Homme 1, accent espagnol :  J’ai vérifié les listes, mais il nous manque une caisse de dynamite…

Jean :  Comment, il nous manque de la dynamite?

Homme 1 :  Je sais pas.  Je les avais comptées, il y en avait bien 5… et maintenant, je n’en ai que quatre.

Jean :  Mais faut la trouver avant de partir!  Le type a payé pour le transport de 5 caisses, pas 4!  Et à l’autre bout, faudra rembourser à l’acheteur… non, non, non!!! Ça ne va pas!

Homme 1 :  T’énerve pas, Cataline!  On va la trouver. On trouve toujours!

Homme 2, avec un accent anglais :  Je crois bien l’avoir trouvée!  Elle était sur le dos de l’âne, en-dessous d’un paquet de couvertures!

Jean :  Parfait, ti-gars!  Personne ne pourra dire que Jean Caux, aie perdu ne serait-ce qu’une cuiller durant ses voyages.  Et avec ça, on est prêt?

Homme 1 et 2 ensemble :  On est prêt!

Jean :  Alors, en route!

… cris d’hommes mettant en marche le train d’âne… braiements… hennissements… piétinements…

 

Narration 1 :

Cet homme, le patron de l’expédition, c’est Jean Caux, mieux connu sous le surnom de Cataline.  Né en France dans la région du Béarn entre 1830 et 1832, il est une figure quasi mythique de l’histoire de la Colombie-Britannique.  La ville de Williams Lake a érigé une statue en son honneur. Il a été un transporteur important, opérant ses trains de chevaux, ou de mules, de bat pour plus de cinquante ans dans l’intérieur de la Colombie Britannique.

 

Il serait arrivé dans la vallée du Fraser lors de la ruée vers l’or de 1858, sans doute depuis la Californie.  On a des photos du personnage : grand, large d’épaules, portant ses cheveux aux épaules, frisés, petite barbichette selon la mode de l’époque, toujours vêtu de la même chemise blanche, de lourds pantalons de laine et chaussé de botte d’équitation dans lesquelles il cachait un couteau.  Il ne portait pas de chaussettes.  Et sur la route, il coiffait un sombrero.

 

Au début de ses opérations, il avait un partenaire, Joe Castillou, un autre français.  Mais les deux hommes se séparèrent bientôt, et Castillou alla s’installer à Merritt.  Après avoir fait du ‘’packing’’ pendant quelques temps, il s’installa sur un ranch et y éleva sa famille.  L’un de se fils laissa sa marque dans l’histoire de Merrit.  Nous parlerons de lui un peu plus loin.

 

Au début, il n’y avait que trois ou quatre animaux de bât, dans le train pour amener les biens indispensables aux mines, et aux mineurs du Cariboo, durant la ruée de 1860.  Plus tard, s’ajoutèrent les clients des districts de Omineca et de Cassiar. Cataline était le principal transporteur, le principal ‘’train packer’’ pour ces régions.  Bien vite, ses trains comptaient jusqu’à 60 animaux, bien que leur nombre fluctuât selon les saisons.

 

Dans les années 1870 et 1880, il hivernait ses animaux dans les vallées à l’ouest de Ashcroft et au printemps il les conduisait au nord du terminus de la ‘’Caribou Wagon Road’’ à Quesnel. C’est là le point de départ de deux ou trois convois par été, amenant vers le nord les marchandises tant recherchées :  nourriture, outils, pièces d’équipement, livres, vêtements, bref, tout ce qui était nécessaire au maintien des communautés et à leur développement.

 

… Sourdough/The Miner’s Song:  Bill Staines 6min29sec

https://www.youtube.com/watch?v=S_PRUCzZTp8

 

Dramatique 2 :

À Barkerville… piétons sur trottoirs en bois… charrette… conversations incompréhensibles…

 

Jean :  Pierre!  Pierre!  …. Il me semble avoir vu le Juge Begbie dans le coin… tu sais pas où il est?

Pierre :  Oui, oui…. Il est bien à Barkerville.  Je crois qu’il a pris une chambre chez Fanny Bendixen, comme d’habitude.

Jean :  Parfait!  J’ai à lui parler!

Pierre :  Des problèmes légaux?

Jean :  Oui.   On veut m’enlever mon ‘’claim’’ .  Je voudrais être naturalisé Canadien, ce qui me permettrait de conserver mon droit d’exploitation.

Pierre :  Bonne idée!  Vaut mieux prendre le taureau par les cornes! Faut pas te laisser faire mon gars!  Après tout ce que tu as fait pour ce pays!

Jean :  Bon… alors je vais aller voir Begbie!

Pierre :  Attends!  Comment va ta femme?

…. Intermède musical 30 secondes…

 

 

Narration 2 :

 

Cataline avait épousé une femme de Thompson, de la nation Spuzzum.  Cette NLaka’pamux avait choisi le nom d’Amelia York; son nom à la naissance était C’eyxkn.

 

L’on croit que le couple a eu deux ou peut-être même trois enfants.  L’aîné avait pour nom William Benjamin, le deuxième Rhoda Dominic Urquhart et la dernière Clara Dominic Clare qui aurait eu plusieurs descendants.

 

Après la complétion du chemin de fer du Canadien Pacific, il déménagea à Ashcroft, mais laissa son épouse et les enfants à Spuzzun; il continua cependant à supporter sa famille en laissant derrière lui 20$ en pièces d’or.  C’est durant cette période que Jean fut naturalisé Canadien en 1897 par le Juge Matthew Baillie Begbie.

 

Lorsque la construction du Grand Trunk Pacific Railway fut annoncée, il déménagea ses opérations à Quesnel, afin de mieux desservir le Centre de la province.  Il a desservi les régions du Cariboo, du Central Interior et de la Rivière Skeena jusqu’en 1912, lorsqu’il prit sa retraite à Hazelton.  En 1920, il décida de passer ses hivers à Victoria, mais après la première saison dans la Capitale, au Dominion Hotel, il retourna finir ses jours à Hazelton.  Il vécut jusqu’à l’âge de 90 ans et la plaque de cuivre sur sa tombe à Hazelton se lit simplement :   Jean Caux – Cataline, the packer

 

…. Intermède 30 secondes…

 

Narration 3 :

 

Que reste-t-il de Barkerville, cette ville dynamique de la ruée vers l’or du Cariboo?  Elle a été restaurée.  Située dans la région intérieure de la Colombie-Britannique, elle est visitée chaque été par des visiteurs du monde entier, qui découvrent la riche histoire de la ville.

 

Les bâtiments historiques de la ville, dont 100 sont originaux et 21 ont été reconstruits, en plus d’une vaste collection d’artéfacts et de documents historiques racontent l’évolution de la communauté et de la grande région du Cariboo.

 

En 1923, Barkerville est déclarée lieu historique national, et en 1958 le gouvernement provincial annonce que Barkerville est un lieu patrimonial provincial.  Aujourd’hui, Barkerville demeure l’un des lieux historiques les plus visités de l’Ouest canadien.

 

… the Barkerville Song :  Bernt Solvoll  2min26sec

https://www.youtube.com/watch?v=GK6ZHAxBLck

Dramatique 3:

 

… père et fils sur le balcon… soirée de printemps à la campagne… oiseaux etc… chaises berçantes sur le balcon… fume la pipe… périodes de silence dans la conversation…

 

 

Joe:  Mon gars, ça fait déjà quelques années que tu travailles sur le ‘’packing’’ durant l’été.  Tu vas bien à l’école.  Je suis fier de toi.  Tu t’es maintenant un homme :  tu auras seize ans le mois prochain.  C’est pourquoi je veux t’offrir de t’associer.

Henry :  Mais papa, je suis content de travailler pour vous!

Joe :  Henry, mon fils, j’ai de nouveaux clients qui s’ajoutent à chaque saison et j’ai besoin de quelqu’un qui puisse m’aider et sur qui je peux compter.  Est-ce que tu voudrais avoir tes propres routes?

Henry :  Bien sûr! J’en serais honoré!  Tant que je peux continuer à aller à l’école… vous savez, papa, je veux continuer mes études….

Joe :  Et je voudrais pas qu’il en soit autrement.  Tu continueras tes études à New Westminster durant l’année scolaire… mais pendant l’été, si tu veux, tu pourrais prendre en main les affaires familiales… je me fais vieux… et avec le ranch… ça commence à être trop lourd!

Henry :  Vous en faites pas, papa.  Vous pouvez compter sur moi!  Vous savez que j’aime ça, la ‘’trail’’, la vie en plein air… le danger!  Je me sens capable de prendre la relève!

Joe :  Alors, c’est dit :  pour souligner ton anniversaire, tu feras tu partiras pour ton premier packing d’homme.  C’est toi qui sera le chef du train.  Et je sais que tu rendras ta mère et moi encore plus fiers en travaillant honnêtement, comme je te l’ai montré.

Henry :  Dans le respect des hommes et des bêtes…

Joe :  C’est çà!…

 

… soirée de printemps à la campagne… oiseaux etc… chaises berçantes sur le balcon… fume la pipe…

 

Narration 4 :

Henry Castillou est né à Coldwater Valley, 10 miles au sud de Merritt en mai 1896.  Très jeune, son père l’initie au ‘’packing’’ et il côtoie les homme venus d’Espagne, du Chili et du Mexique qui travaillent pour son père.

 

Alors qu’il n’a que 16 ans, Henry est responsable de son propre train de mules et transporte des marchandises vers les champs aurifères et vers d’autres régions éloignées des grands centres.

 

Il fait ses études secondaires à New Westminster.  La Première Guerre Mondiale interrompt momentanément son éducation.  Il s’enrôle dans l’armée et devient éventuellement un capitaine dans le Royal Flying Corps.  Au retour de cette guerre, il s’inscrit à la Temple Law School, de laquelle il obtient son diplôme d’avocat en 1923.

 

Henry travaille à Vancouver pendant plusieurs années; il défend de nombreux clients accusés de meurtres, incluant de nombreux procès impliquant des membres des Premières Nations.

 

En 1950, il est nommé Juge pour le Comté du Cariboo, et plus tard, il deviendra juge de la Cour Suprême pour la même région.

 

Il a aussi agi comme conseiller politique et légal pour le North American Indian Brotherhood, et a représenté plusieurs groupes de Premières Nations devant la Commission des Plaintes des Premières Nations de 1948 (1948 Indian Claims Commission).

 

Homme cultivé, il est anthropologue amateur et s’intéresse à l’histoire orale des Premières Nations.  Il a amassé, au cours des années la plus grande collection privée d’artéfacts pré-historiques de son temps.

 

En 1937, le Procureur Général du Canada, G.S. Wismer le nomma représentant du gouvernement canadien lors d’un voyage en Chine.  Il était chargé de trouver des preuves pour une cause impliquant 5 immigrants chinois qui étaient accusée de conspiration dans le but de distribuer de l’opium; cette cause impliquait trois pays :  Les États-Unis, Hong-Kong et le Canada.

 

La cause dura 18 mois, et les cinq accusés furent trouvés coupables, grâce au dossier qu’avait monté Castillou.  Durant son séjour en Chine, Henry porta une toge de soie noire sur laquelle était brodé en fil d’or, un dragon.

 

Malgré tous ses accomplissements comme homme de loi reconnu internationalement, comme homme intelligent et instruit, comme défenseur des droits des Premières Nations et conservation de leur tradition orale, il était resté un homme de l’ouest, élevé sur un ranch.  Il fut le commentateur du premier rodéo annuel de Merrit en 1934.  Sa voix puissante ne requérait pas de microphone pour se faire entendre par la foule bruyante assemblée.

 

Cette même année, il reçut la clef de la Ville de Merrit.  Il prit sa retraite en 1960 et décéda en 1967 à l’âge de 71 ans.  On se souvient de lui comme un homme qui n’a jamais renié son âme de cow-boy!

 

…Le cow-boy des montagnes :  Paul Brunelle 3min02 sec…

Dramatique 4 :

 … ambiance corridor d’école… 2 élèves discutent…

 

Élève 1 :  Qu’est-ce que t’as aujourd’hui?  T’as pas l’air de filer?

Élève 2 :  Je me bats toujours avec mon travail d’histoire…

Élève 1 :  T’as pas encore fini?  Faut le remettre la semaine prochaine!  Il te reste quoi, 10 jours!!!???  As-tu déjà fait ton temps dans le Chrono-Tupos?

Élève 2 :  Oui, oui!  La recherche est toute faite… la première partie du travail est écrite…

Élève 1 :  Bin, alors, c’est quoi le stress?

Élève 2 :  En première partie, j’ai parlé de 2 ‘’packers’’, tu sais les gars qui transportaient le matériel sur des milliers de kilomètres chaque été avec leurs trains d’animaux de bât…?

Élève 1 : …ok… pi?

Élève 2 :  J’ai aussi parlé du fils de l’un deux, qui est devenu juge et qui a défendu, entre autres les droits des Premières Nations…

Élève 1 :  Je vois pas le problème…

Élève 2 :  Bien, puisque j’avais parlé du packing, je voulais aussi parler un peu de développement d’un autre type de transport, le train… tu sais… comme la continuité du sujet dans l’ère plus moderne…

Élève 1 :  Une bonne idée…Continues…

Élève 2 :  Je voulais parler d’un francophone, Sir Hector-Louis Langevin.  C’était un francophone de l’Est, mais il a traversé les États-Unis en train, puis a exploré la côte de la Colombie Britannique continentale pour décider du point d’arrivée du Chemin de Fer du Canadien Pacifique.

Élève 1:  Il me semble avoir lu quelque chose sur lui… est-ce qu’il avait pas gardé un journal de voyage dans lequel il a décrit le climat de la Colombie Britannique, ses ressources naturelles, la culture des différentes nations indigènes, les traités signés légalement et d’autres obtenus plus ou moins honnêtement, le Chinook wawa…

Élève 2 :  Oui, oui.  Il était ministre des travaux publics à Ottawa, à ce moment-là.  Je voulais en parler, parce qu’il a pris ces notes qui sont maintenant devenues historiques.  C’est lui qui a décidé que le terminus du CP Rail, la fin du chemin de fer sur la Côte Ouest du continent serait à Burrard Inlet, plutôt qu’à Port Moody, comme il avait d’abord été décidé.

Élève 1 :  Et puisqu’il était francophone, même s’il a pas vraiment fait l’histoire du BC, tu penses que c’était un bon sujet… je trouve ça un peu mince, mais bon, parles-en à la prof.

Élève 2 : Je sais que c’est mince… mais j’ai juste besoin d’un ou deux paragraphes… le problème est que si je parle de lui, je dois aussi dire qu’il a été l’un des ‘’pères’’ de la Loi sur les Indiens.

Élève 1 :  Ayoye!!!… ouin…

Élève 2 :  Je vais te lire ce que j’ai trouvé…

… tournes les pages d’un cahier de notes…

 

Élève 2 :  … Attends un peu… c’est dans mes dernières pages de notes… Ah!  Voilà!

À titre de ministre des travaux publics, pour faire approuver le budget pour la construction de pensionnats indiens il a fait cette déclaration à la Chambre des communes :

‘’Si nous voulons instruire ces enfants, (il parle des enfants des Premières Nations) nous devons les séparer de leurs parents, car en les laissant dans la famille, ils pourront sans doute apprendre à lire et à écrire, mais ils resteront sauvages ; tandis qu’en les séparant ils acquerront les habitudes et les goûts—les meilleurs j’espère—des gens civilisés.’’

Élève 1 :  Woh! C’est pas un héros ce gars-là… tu peux pas juste oublier ce bout-là?

Élève 2 :  BIEN NON!  Je vais pas commencer à me censurer pour que le bonhomme aie l’air du bon gars!  C’est atroce, ce à quoi il a participé!  Un génocide!!!

Élève 1 :  T’as raison, si tu parles de lui, tu dois rien cacher… surtout quelque chose de cette importance… ou alors, n’en parles pas du tout… D’abord, c’était juste pour une couple de paragraphe… une demi-page…

Élève 2 :  Même pas une demi-page… quelques lignes tout au plus…  Fait que j’en parlerai pas… c’est dommage, parce, dans le fond, il avait donné, dans son journal, un compte-rendu très détaillé de la Colombie-Britannique de l’époque.  Mais les bons coups rachètent pas les mauvais… j’en parlerai pas, c’est tout!

 

… la cloche des débuts des cours sonne… bruits de corridor…

 

The voices I gained : Performed by students from Helen Betty Osborne Ininew Edication Resources, Norway House, Manitoba… 5min30sec

 

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/783216/chanson-reconciliation-norway-house-mcdp-centre-national-arts-projet-rita-joe-lost-talk