Henri Gustave Joly de Lotbinière

Par Marie-Hélène Bourret,

 

Henri-Gustave Joly de Lotbinière fut fortement influencé par son père, Pierre Gustave Joly, né en France.  Ce dernier était énergique, cultivé et autoritaire.  Il avait voyagé partout en Europe, et en 1827, il déménagea à Montréal. Il était de stature imposante, affable et riche.  Il rencontra et épousa Julie-Christine de Lotbinière en 1828.  Elle était la propriétaire de la seigneurie de Lotbinière.

Né lui aussi en France, le fils hérita de son père la discipline personnelle et l’éthique de travail, en plus d’un intérêt marqué pour les sciences naturelles et un sens inné pour les affaires et le commerce.

Henri-Gustave étudia à Paris de 1836 à 1849 et fit l’apprentissage du droit au Bas-Canada à compter de 1850; il fut admis au Barreau en 1855.Tout en exerçant sa profession à Québec, il continuait de gérer la seigneurie de Lotbinière, propriété de sa mère qui, en 1860, lui en céda les droits.

Henri-Gustave commença sa carrière politique en 1861.

Homme de grande influence, il fit avancer l’agriculture au Québec.  Sa ferme devint une ferme modèle où il expérimenta plusieurs nouveautés dans le domaine des semis et des engrais.  Il développa l’industrie laitière dans son coin de pays, encouragea la culture de la betterave à sucre et tenta d’étendre la culture du lin et du chanvre.

Il travailla pour la protection des forêts et pour mettre fin aux pratiques de gaspillage, alors que la coupe de bois d’œuvre était une des principales activités économiques.

Il mit beaucoup d’énergie dans le développement de voies ferroviaires.

Il devint premier ministre de la province de Québec et fut commissaire de l’Agriculture et des Travaux publics du 8 mars 1878 au 30 octobre 1879. Il fut réélu en 1878 et, sans opposition, en 1881. Chef de l’opposition de 1879 à 1883, il démissionna de ses fonctions de député provincial le 25 novembre 1885, parce qu’il ne sentait qu’il ne représentait plus ses électeurs :  bien qu’il crut que le gouvernement ait fait preuve de laisser-aller dans le dossier des Métis de l’ouest, il s’opposait à la pensée de ses électeurs qui sont plutôt en faveur de Riel.

Il fut élu député libéral de Portneuf à la Chambre des communes en 1896 et devint contrôleur du Revenu de l’intérieur du 13 juillet 1896 au 29 juin 1897, mais sans faire partie du cabinet. À sa nomination, son siège de député était devenu vacant. Réélu sans opposition dans Portneuf à une élection fédérale partielle le 30 juillet 1896, il prêta serment comme membre du Conseil privé et comme ministre du Revenu de l’intérieur le 30 juin 1897; il détint ce portefeuille jusqu’à sa démission, le 21 juin 1900, date à laquelle il fut nommé Lieutenant-gouverneur de la Colombie- Britannique.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique de l’époque, James Dunsmuir, décide que le temps est venu pour que le gouvernement fédéral intervienne dans une situation délicate :  le Lieutement-gouverneur, Thomas McInnes, a fait des choix politiques qui vont à l’encontre de la démocratie, qui sont contraires aux principes, usages et coutumes des gouvernements constitutionnels. C’est en ces termes que Dunsmuir décrira la situation dans une lettre envoyée à Wilfrid Laurier.

La déclaration publique de l’Association Provinciale des Droits (Provincial Rights Association) sur le même sujet, incite le premier ministre du Canada de l’époque, le Très Honorable Sir Wilfrid Laurier, à démettre de ses fonctions Thomas McInnes, et à nommer pour le remplacer Henri-Gustave Joly de Lotbinière au poste de Lieutenant-gouverneur de la Colombie Britannique.

Le premier ministre James Dunsmuir, mis au courant de cette nomination, écrit à nouveau à Wilfrid Laurier :  il est inquiet de la réaction causée par l’arrivée de ce francophone dans l’arène politique provinciale… anglophone.  Laurier lui répond :

‘’… C’est un gentleman expérimenté, connu pour son équité d’esprit ainsi que pour ses habiletés et plusieurs admirables qualités.  Je suis certain qu’il vous donnera pleine satisfaction et deviendra populaire en Colombie-Britannique.’’

Après son arrivée, le journal The Colonist le décrit ainsi :  Un homme un peu plus grand que la moyenne, mince, portant les cheveux, la moustache et les favoris gris et faisant preuve de charme et de grâce; Sir Henri a l’allure qu’il faut pour occuper le poste important qui lui a été assigné…

Joly de Lotbinière impressionne la classe politique et le peuple.  Durant les six années qui suivirent, il fut un administrateur compétent, si habile dans les matières constitutionnelles et d’une personnalité si attrayante, qu’il se fit des amis des deux côtés de la chambre, et avant même la fin de son mandat, les citoyens demandaient aux autorités de le garder en poste.

Il faut dire que la situation politique était instable et improductive :  les ‘’lignes de parti’’ n’existaient pas, ce qui rendait compliqué le vote en chambre.Le népotisme était rampant. Le gouvernement fait face à une crise après l’autre.

Le premier ministre Dunsmuir et le nouveau lieutenant-gouverneur s’entendaient bien; ilsétaient même amis.  Cependant, une question les opposa:  l’immigration chinoise.

Lotbinière ayant voyagé à travers le monde, est instruit et surtout a une vision du monde plus égalitaire que celle de Dunsmuir qui est un exemple flagrant de l’esprit colonialiste de l’époque.

Les immigrants chinois vivent une situation particulière en Colombie Britannique.  Venus ici pour améliorer leur sort, ces jeunes hommes fontface à de la discrimination raciale, à du racisme pur et simple.  Le salaire qui leur est versé équivaut souvent à la moitié de ce que leurs compagnons de travail d’origine européenne ou canadienne reçoivent. Les Asiatiques se retrouvent souvent dans des emplois dangereux, comme la conserverie et l’exploitation de mines.  La construction de chemins de fer nécessitera le recrutement de 15,000 d’entre eux.

 Dunsmuir trouve qu’il y a trop de Chinois!  Selon lui, les asiatiques prennent les emplois des jeunes Britanno-Colombiens.  Lorsque le chemin de fer trans-canadien sera terminé, les 15,000 recrutés reviendront pour une grande partie vivre en C-B.

De Lotbinière, quant à lui, croit que le gouvernement est maintenant responsable de ces jeunes gens qui ont tout laissé derrière eux pour réaliser le rêve canadien, celui de réunir un océan à l’autre… par rail!

Dunsmuir aurait cru que la taxe exigée par l’Acte sur l’immigration chinoise de 1885 les aurait arrêtés.  Même après que cette taxe fut augmentée à $100 en 1900, les asiatiques ont continué à affluer.

 Joly  s’est opposé furieusement à ces mesures restrictives sur l’immigration asiatique. Il a refusé d’entériner un changement sur cette taxe que demande Dunsmuir qui voulait l’augmenter à $500. Dunsmuir démissionnera quelques temps plus tard.

Mais les problèmes de Joly de Lotbinière avec les politiciens ne sont pas terminés pour autant. Après la démission de Dunsmuir, il nomma Edward Prior au poste de premier ministre de la Colombie Britannique.  Bien que les deux hommes ne s’entendissent pas au sujet des chemins de fer à construire, ils entretenaient des relations civilisées et presqu’amicales.

Prior était un ingénieur et un homme d’affaires.  Il profita d’un appel d’offre du gouvernement, dont il était le chef, pour déposer le devis le plus bas, et ainsi, gagner le contrat de construction du pont de Chimney Creek.

Impossible pour le Lieutenant-gouverneur de laisser passer une telle offense.  Fidèle à ses principes et à son éthique, il demande à Prior de démissionner… celui-ci refuse, mais il se fait congédier.

La situation politique en Colombie-Britannique est toujours aussi difficile et corrompue.  Sur la fin de son mandat, De Lotbinière met en poste Richard McBride, jeune premier ministre de 32 ans.  Finalement, c’est un bon choix :  McBride est aimé de tous, est droit, honnête et réussit à établir la discipline dans les affaires politiques, et à remettre le gouvernement sur la bonne voie.

Alors que Joly de Lotbinière travaille à assainir le climat politique,  l’économie de la Colombie Britannique se développe rapidement.  D’un petit poste de traite, elle devient le lieu de convergence de tous ceux qui croient en l’El Dorado Canadien.  Tout est encore à faire, à développer, à construire.

La population non-autochtone, de majoritairement francophone qu’elle était jusqu’à la ruée vers l’or de 1858, est maintenant majoritairement anglophone.  On parle plus le Cantonnais que le français, dans les rues de Victoria.

À la fin du 19ième siècle, soit après la fin de la construction du chemin de fer, dont le terminus se trouve à Vancouver, la population de cette ville dépasse déjà celle de Victoria.  Vancouver, en 1901, compte plus de 27 000 habitants, et Victoria, fondé 43 ans avant sa ‘’compétitrice’’ n’en compte qu’un peu plus de 23 500.

Le transport commercial et de personnes ayant été facilité par l’aboutissement du chemin de fer, bientôt, des entrepreneurs viennent de partout pour exploiter les immenses ressources naturelles.

Au cours des années 1890, la région de Kootenay avait vu la construction de camps miniers, habités par des mineurs et des prospecteurs venus de l’Idaho et du Montana.  Ces hommes découvrent de l’or et des métaux plus communs. Des villages miniers surgissent dans la vallée Slocan.  Nelson, où sont concentrés les services administratifs recense 4500 habitants en 1911.

Le secteur de la conserverie du saumon se développe rapidement sur les côtes.  On établit des scieries sur les berges du détroit de Georgia, mais surtout sur la côte est de l’Ile de Vancouver.  En 1912, la première usine de pâtes et papiers est construite à Powell River.

 La chasse à la baleine est une activité économique très payante pour la Colombie-Britannique, et plusieurs postes de baleines sont construits tout le long de la côte ouest de l’Ile de Vancouver. Au moment où le lieutenant-gouverneur retourne dans l’est, en 1906, soit 35 ans après l’entrée de la Colombie Britannique dans la fédération canadienne, la province est en plein essor économique.

Parce qu’il avait fait un bon travail et que tous s’entendaient à dire qu’il avait rehaussé la station de lieutenant-gouverneur par son affabilité, son élégance naturelle, son prestige personnel et son expérience politique, en 1906 on lui offrit un deuxième mandat.  Sa santé déclinant rapidement, il refusa.  Il est retourné à Québec, où il est mort en 1908.  Il a rejoint au cimetière Mount Hermon sa femme Margaretta et cinq de leurs enfants décédés avant lui. Son fils aîné, Edmond-Gustave Joly de Lotbinière lui succède à titre de seigneur et de propriétaire du moulin à scie de Leclercville.

 

 

Planter avec soin, cultiver avec persévérance

 

Grâce à l’Alliance française, nous vous offrons la chance de découvrir Sir Henri-Gustave Joly de Lotbinière et de saisir l’importance d’une année de Commémoration du 100e anniversaire de son décès le 16 novembre 2008.

Grâce au travail acharné d’un comité de recherche qui a œuvré pendant plus d’une année, des éléments vous dévoileront les différentes facettes d’un homme d’étoffe, Joly de Lotbinière, ce français – canadien – sujet britannique de grande conviction.

1er octobre 2008

Conférence sur Sir Henri-Gustave Joly de Lotbinière
« sa passion pour la Sylviculture et la Politique»
sous les auspices de: l’Alliance Française de Victoria.
Donnée par: Gisèle Samson, éducatrice spécialisée

Lisez le texte de la conférence ici: Conférence du 1er Octobre 2008